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Le récital Péguy  de Michael Lonsdale

Péguy : Lonsdale, entre ciel et terreL’amour de Michael Lonsdale pour la « litanie péguyste » est aussi profond que lointain. Quelque part entre les lignes d’une architecture proustienne et celles de versets claudéliens, la découverte de l’œuvre de Charles Péguy, qu’il appellera plus tard « poésie-cathédrale », lui fut un « choc bienheureux ». Michael Lonsdale devait avoir vingt-cinq ans ; Péguy était mort au front quelque quarante ans plus tôt. Pour le second, une poésie éclairée et anaphorique, moulée dans de l’argile ; pour le premier, la certitude d’une urgence patiente : lire et dire Péguy, répéter ses mots, eux qui portent une lumière qui « ne s’éteindra jamais. »

À l’heure du centenaire de la mort de Charles Péguy, la voix de Michael Lonsdale s’est imposée à Pierre Fesquet pour incarner au mieux le texte du poète. Une intonation calme et appuyée, pouvant s’infiltrer jusque dans les minces aspérités d’une « lourde plaine » et suivre les courants tortueux d’une géographie intime, des accents plus éthérés à l’approche d’une « étoile inaccessible », ce dialogue ininterrompu entre « ciel et terre », qu’ils tiennent tous deux pour une révélation.

Quelque chose d’une expérience sensible naît, ou renaît, par la simple lecture. La phrase de Péguy, vers de poème ou lettres de correspondance, se fait oraison. Elle balance au rythme tranquille et retenu de Michael Lonsdale. Elle se modèle par les inflexions plus prononcées de Pierre Fesquet. Puis elle se souligne et redouble par hasard aux notes de l’accordéon de Thierry Bretonnet – qui éveillent des murmures fluviaux, un souffle de nuit, des variations déliées à l’évocation du père, et saccadées aux suggestions de luttes.

Le chemin reconnaît au poète ses guerres collectives et personnelles, son plaidoyer pour la terre et pour l’esprit, exprime son ardeur sur la voie de l’Espérance, cette « petite fille de rien du tout » qu’il place au-dessus de toutes les autres vertus théologales, insiste sur le métier de la main, fils de menuisier et d’une rempailleuse, lui-même artisan du verbe, et le suit sur sa longue route de pèlerinage.

Péguy / Lonsdale, entre ciel et terre

Les paroles d’une « prière vivante »… Dans le combat, dans l’Espérance, fruits du travail un artisan ou de celui d’un pèlerin, les mots de Charles Péguy courent et achoppent, fuient et se heurtent, préfèrent les retours aux symboles, l’anaphore et l’accumulation à la métaphore et la comparaison. Les gravures plutôt que les images, d’une sobriété résonnante, englobent le tout d’une mémoire et le tout d’une maison, se font sensorielles au souvenir d’un parfum ou d’une couleur d’enfance, charnelles au rappel du « corps de la Cité de Dieu ». Michael Lonsdale laisse ainsi souvent les dernières syllabes de vers s’étirer et vagabonder, comme pour mieux les appuyer ou pour mieux les retenir, suggérant une litanie ouverte qui doit encore s’entendre aujourd’hui.

Les morceaux choisis sont les signes d’intentions multiples. Lire et dire Péguy, c’est longer son allée parfois contradictoire, pour celui qui « a cherché l’unité intérieure dans une vie confuse, dans un parcours sinueux et tout en paradoxe : républicain, patriote puis socialiste, durement anticlérical mais d’une foi lumineuse », s’arrêter dans la demeure des laïcs plutôt que dans celles des curés, pénétrer dans un jardin où l’enfance entonne une prière et où la vieillesse enlumine le monde. Percer Péguy, c’est appréhender sa recherche de la vérité, « tant sur le plan social que sur le plan religieux », nommer l’argent l’Antéchrist et clamer l’impossibilité d’abandonner armes et croyance. Faire écho aux échos de Péguy, c’est accroître les battements vibrants d’une poésie bienfaisante, que Michael Lonsdale récite mains et doigts croisés, à la fois offerte et protégée.

Péguy / Lonsdale, entre ciel et terre
Montage poétique et mise en scène : Pierre Fesquet
Avec Michael Lonsdale, Pierre Fesquet, Thierry Bretonnet (accordéon) ou Étienne Champollion (accordéon et piano)
Coproduction Pascal Legros prod. et Théâtre de Poche-Montparnasse
Photo: © Fabienne Rappeneau

Jusqu’au 13 juin au Théâtre de Poche-Montparnasse 

Les textes du spectacle ont été réunis dans le livre « Entre ciel et terre : Péguy » de Michael Lonsdale (éd. du Cerf, 2014).

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