Théâtrorama

Le Prochain train

L’isolement comme réponse ?

À la Manufacture des Abbesses, théâtre spécialisé dans les écritures francophones, se joue en ce moment une sympathique comédie sur l’amour aux temps du numérique. Deux personnages, l’un accroc du télétravail et l’autre professionnelle des réseaux sociaux font se rencontrer leurs solitudes. Un moment de théâtre agréable mais qui pêche par excès de convention dans les partis-pris d’interprétation, ainsi que dans son message, un peu simpliste.

C’est un homme sans contact humain que sa femme quitte un beau jour. Un homme qui s’adressait à elle sans la regarder, sans donner l’impression de la considérer autrement que comme une donnée quantifiable. Mais il l’aimait pourtant… L’isolement qu’il choisit ne semble pas être une réponse réfléchie à cette rupture mais plutôt une continuité de sa façon d’appréhender le monde. Pour cet accroc du numérique façon vieille école, tout passera par le biais de son écran et de son clavier. Tout, y compris la solution à son isolement.

Une jeune femme, débordante d’énergie débarque alors dans sa vie. Spécialiste des réseaux sociaux, elle se chargera de lui construire une identité numérique, une activité, pour donner à ses proches l’impression qu’il mène une vie passionnante. Mais cette jeune femme, si connectée, si actuelle, révèle peu à peu ses failles. Sa vie est belle en apparence seulement, car le tourbillon de ses relations virtuelles empêche la construction d’une véritable relation, celle qui se fait au jour le jour. On le sent bien, ces deux-là ont sans doute quelque chose à se dire.

Comment se dire les choses
Las, ces deux solitudes ne peuvent se rencontrer, car leurs mondes sont dores et déjà trop isolés, trop différents. On aura cependant retenu l’idée que la seule véritable relation au milieu de ces travestissements numériques est celle qu’ils auront construit tous les deux, par le simple fait d’être présent physiquement dans le même appartement.

Le message est entendu, peut-être trop, car il s’avère que dans la vie de tous les jours, ces échanges numériques ne sont pas forcément dénués de contact humain. Il s’agit peut-être tout simplement d’adapter le langage amoureux à l’évolution, même si tout changement profond entraîne son lot d’excès. On passera cependant un agréable moment à voir ces deux là se tourner autour, mais on ne sortira pas de la salle de théâtre autrement que conforté dans ses convictions.

Le message en effet ne laisse pas beaucoup de place à la réflexion, et les personnages ressemblent trop à l’idée que l’on s’en fait – le quadra bougon mais sensible, la jeune fille gouailleuse et connectée – pour nous permettre de nous identifier à eux.En conclusion, les deux comédiens tiennent la route et nous embarquent tout de même dans leur voyage. Mais ce train que l’on prend avec eux ne nous emmène pas suffisamment loin pour nous faire arriver dans un paysage nouveau.

Le Prochain train
Auteur : Orah de Mortcie
Avec Bruno Hausler, Elsa de Belilovsky
Mise en scène : Laetitia Grimaldi

À la Manufacture des Abbesses jusqu’au 28 novembre 2015
Les mercredi, jeudi, vendredi, samedis à 19h

 

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