Théâtrorama

Le Prince de Hombourg a sans conteste, été un des grands moments théâtraux de la Cour d’Honneur au dernier Festival d’Avignon. Écrite par Heinrich Von Kleist au XIX° siècle, le texte porte la marque de ses années dans l’armée prussienne. Mêlant le thème de l’amour à celui de la mort, dans la lignée de Shakespeare, ce fut aussi sa dernière pièce avant son suicide en 1811, à l’âge de trente-quatre ans.

Si la mise en scène dépouillée de Jean Vilar et l’interprétation solaire de Gérard Philippe, dans les années 50, restent encore dans la mémoire d’Avignon, l’italien Giorgio Barberio Corsetti, avec sa mise en scène construite autour d’une scénographie gigantesque baignée dans une lumière crépusculaire, privilégie les secrets du rêve et des pulsions inconscientes.

La loi des pères…
Le Prince Frédéric de Hombourg, à la veille d’une importante bataille contre les Suédois, est surpris par la cour en pleine crise de somnambulisme. Le Grand Électeur, oncle du Prince, s’amuse à lui décerner des honneurs imaginaires. Nathalie, fiancée du Prince, est troublée et laisse dans sa main un de ses gants. En revenant à lui, le Prince, surpris par la présence de ce gant, se demande s’il a rêvé ou non: il n’écoute pas (ou peu) les instructions alors que l’Électeur, chef de l’État et de l’armée, ordonne de ne pas attaquer avant son ordre. Dans la confusion du combat, Frédéric croit que l’Électeur a été tué: il ordonne l’attaque et remporte la victoire, mais contre les ordres reçus. L’Électeur souhaite que son indiscipline soit punie de façon exemplaire. Une cour martiale le condamne à mort. Le Prince est d’abord terrifié par cette mort sans gloire, mais, dans l’intérêt de l’État, il finit par accepter sa condamnation…

Ici, le romantisme du personnage du Prince (Xavier Gallais) disparaît au profit d’une vision plus souterraine qui interroge l’inconscient et les secrets, comme un jeu de cache-cache entre l’amour et la mort. Le Prince remporte une victoire contre les Suédois, mais loin de le couvrir de gloire, elle est considérée comme un acte manqué qui va à l’encontre de la loi édictée par les pères.

Corsetti fait de sa mise en scène une mise en mouvement du texte dans le temps et dans l’espace. Ainsi, le déplacement de décors et d’escaliers monumentaux devient le symbole de la matérialisation du pouvoir et de la chute. La scène se fait mouvante, incertaine et la mort joue avec les glissades et les chutes des hommes. L’obéissance aux règles écrase les impulsions les plus hardies pour les conformer à un ordre étroit, dominant, symbolisé scénographiquement par un plateau qui se dresse de plus en plus vertical, en surplomb de tous les personnages. La chevauchée héroïque du jeune Prince lui a donné un instant l’illusion de se hisser vers de tels sommets, mais c’est l’espace où se tient l’Électeur et on ne peut s’y tenir qu’avec son autorisation.

Privilégiant l’énigme et le paradoxe, Corsetti choisit de poser de nombreuses questions et de les laisser suspendues dans le vide. Le père dispense-t-il la justice ? Ou la clémence? Ou bien le pardon quand il nous a condamnés à mort pour l’avoir emporté contre la loi ? Au fond, est-ce notre victoire qui a été condamnée ? À moins que le loi du père ne peut exister qu’en écrasant le fils ? La dernière image de la pièce est celle du Prince, apparemment réhabilité, mais suspendu dans les airs par des fils. Dans un cadre bien délimité, il s’agite telle une marionnette dont les fils sont manipulés par les courtisans du grand Électeur. La raison d’État l’a emporté. L’individu enfin domestiqué et soumis à une stricte surveillance, est réduit à une liberté conditionnelle.

Le Prince de Hombourg
De Heinrich Von Kleist
Mise en scène: Georgio Barberio Corsetti
Scénographie : Gior­gio Bar­be­rio Cor­setti et Mas­simo Tron­ca­netti
Avec Jean Alibert, Anne Alvaro, Clément Bresson, Anthony devaux, Luc-Antoine Diquéro, Xavier Gallais, Hervé Guerrisi, Éléonore Joncquez, Maximin Marchand, Geoffrey Perrin, Julien Roy, Gonzague Van Bervesseles
Crédit photo: Christophe Raynaud de Lage
Durée : 2 h 15

Du 5 au 14 Février 2015 au théâtre Les Gémeaux/ Scène Nationale
Du mardi au samedi 20h45, dimanche à 17h

Tournée
19 et 20 Février 2015 : Théâtre Liberté -Toulon
25 Février – 3 Mars 2015 : TNP-Villeurbanne
15-20 Mars 2015 : Théâtre de la Place-Liège

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