Théâtrorama

Le théâtre 13 fait sa rentrée avec un spectacle décoiffant, véritable roman d’aventure scénique que mènent cinq comédiens qui se dépensent sans compter. Le résultat est ébouriffant d’originalité, d’humour. Une épopée théâtrale !

Ils ne sont que cinq à venir saluer et l’on pourra légitimement s’en étonner… Il s’agit pourtant du même quintet qui patiemment attendait que se remplisse la salle une heure et demi plus tôt. Divine amnésie passagère. Oublier, une heure et demie durant, tout ce qui n’est pas le spectacle. Se laisser surprendre par un casting qui sur scène se « démultiplie » et nous fait oublier toute réalité afin de mieux nous transporter dans la sienne. Il en faut du talent pour réussir pareil exploit ! En route pour l’aventure !

Alexis Michalik, qui a triomphé récemment en réadaptant en version frappadingue quelques pièces de Shakespeare (« La mégère à peu près apprivoisée »), livre sa première création en tant qu’auteur. L’action démarre dans les Ardennes, se transporte dans le désert algérien, fait un saut par le Canada et surtout traverse les âges. Nous croiserons ainsi Dumas, le prince de Polignac, Eugène Delacroix ou encore Marie-Antoinette. Tant d’illustres qui viendront surtout servir la cause d’un récit dont les protagonistes appartiennent au peuple, à celui qui fait ou subit l’histoire.

Comme au cinéma
Car dans cette intrigue de carnet qui entraîne les personnages dans une quête vertigineuse avec disparition mystérieuse d’une mère et de sa fille, se glissent des éléments historiques autant qu’une réflexion sur l’histoire, ce qu’elle nous dit, ce qu’on veut bien lui faire dire. A ce titre un prologue annonce la couleur en débutant par « Nous allons vous raconter une histoire » avant une drolatique digression sur le caractère finalement très malléable de la vérité historique. La fiction ainsi sacralisée va permettre toutes les folies.

Et de folie, ce spectacle enchanteur n’en manque pas. Mené par cinq comédiens endossant au total plus de trente personnages, il propose, avec une étonnante économie de moyens, une épopée théâtrale. Sans artifice pour mieux ouvrir les portes de l’imaginaire. Quelques accessoires vestimentaires qui presque virevoltent au grès des changements de personnages. Rien de plus. L’immense bibliothèque devant laquelle se pâme le personnage principal et élément clé de l’intrigue n’existera que par les mots portés par la pénétrante voix d’Éric Herson-Macarel. Le texte ainsi rehaussé, souligné par une mise en scène diablement cinématographique faite de flash back et retours dans le présent, prend ainsi toute sa puissance narrative. Le récit mène le spectateur par la main, l’entraîne au gré de ses rebondissements à la manière d’un roman de Dostoïevski, dans un tourbillon aventureux que persille une bonne dose d’humour dévastateur et dédramatisant. Le résultat est renversant !

[note_box]Le Porteur d’histoire,
D’Alexis Michalik
Mise en scène : Alexis Michalik
Avec : Amaury de Crayencour, Évelyne el-Garby Klai, Magali Genoud, Éric Herson-Macarel, Régis Vallée
Lumière : Anaïs Souquet
Costumes : Marion Rebmann
Son : Clément Laruelle[/note_box]

Vous pourriez aimer çà

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



Théâtrorama

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir plus d'actualités et profitez de nos invitations

Votre abonnement est enregistré avec succès !

Pin It on Pinterest