Théâtrorama

On ne présente plus Joël Pommerat qui, de Cendrillon à Pinocchio revisite une fois de plus à sa façon l’univers des contes. Une façon de faire qui permet aux enfants et aux adultes de redécouvrir la morale qui sous-tend les contes sans l’édulcorer.

Son « Petit Chaperon Rouge » , une fois de plus, ne prend pas les enfants pour des petits et leurs parents pour des gens raisonnables. Le conte revu et corrigé commence ainsi:

« Il était une fois une petite fille qui n’avait pas le droit de sortir de chez elle toute seule ou alors à de très rares occasions
Donc
Elle s’ennuyait
Car elle n’avait ni frère ni sœur
Seulement sa maman
Qu’elle aimait beaucoup
Mais ce n’était pas suffisant »

Où est donc passé le chaperon rouge ? Ici, la petite fille porte une petite étole blanche et une robe grise comme sa maman et sa grand-mère et elle vit dans un univers gris, noir et blanc où suintent l’ennui et la solitude.

Avec le Petit Chaperon Rouge, Pommerat ramène la fable à cette simple épure : l’histoire d’une petite fille qui part de chez sa mère pour aller voir sa grand-mère et lui apporter « un flan liquide » et qui rencontre un loup.
La mise en scène de Pommerat réduit le décor du conte à deux chaises noires sur un plateau nu. L’histoire se déroule dans une lumière crépusculaire qui souligne le mystère et la peur. Un narrateur prend en charge le récit dansé et mimé par les actrices. Le seul dialogue en direct se déroule entre le loup et la petite fille.

Une histoire de femmes seules
L’histoire pour les plus jeunes est très lisible, mais Pommerat y crée de la profondeur. En soulevant le voile qui tisse la matière de tous les contes, il ouvre pour les adultes un chemin pour la réflexion . Son « Chaperon Rouge » raconte la solitude de trois femmes murées dans les silences de peurs transmises sur trois générations.

Les seuls rapports de la mère et de la petite fille se limitent à quelques instants où la mère joue le monstre et fait mine de la dévorer. Ce jeu terrifie la petite fille, mais elle le réclame, car « c’est mieux que rien ». Le reste du temps, perchée sur des talons qui claquent (magnifique idée du bruitage de ces talons inexistants), constamment occupée, elle traverse la scène de façon lointaine, dans des déplacements hiératiques, toujours identiques, qui ne croisent jamais le chemin de la petite fille.

Cette incapacité à communiquer de la mère mure, dans le mutisme, ces deux êtres qui s’aiment, est-il affirmé dans l’histoire, perdure d’une génération à l’autre. La promesse d’une visite à sa grand-mère si elle est capable de faire un gâteau réussi, chasse l’ennui et remet la petite fille en mouvement. En lâchant son inquiétude permanente et en respectant cette promesse, la mère ouvre la porte à la rencontre bouleversante de la petite fille avec le loup, dont « les yeux de lumière » vont éclairer un autre chemin. En « sortant de son chemin » et « en jouant avec l’ombre qui ressemble à sa maman », la petite fille a traversé le miroir. Mise en rapport avec la nature de l’animal dans ce qu’elle a d’imprévisible, de mystérieux et de dangereux, la petite fille rétablit la communication en devenant une femme qui désire et qui ose aimer.

[note_box]Le petit Chaperon rouge
Adaptation du conte populaire et mise en scène de Joël POMMERAT
Scénographie et costumes : Marguerite BORDAT
Avec Rodolphe Martin, Murielle Martinelli, Isabelle Rivoal
Durée : 45 mn
Crédit photo : Elisabeth Carecchio[/note_box]

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