Théâtrorama

Une fois de plus, Nicolas Vaude, malicieux et vif, fait la preuve de toute l’étendue de son talent dans cette joute verbale jouissive.

Café de la Régence, place du Palais-Royal. Un philosophe (Nicolas Marié) raconte sa rencontre étonnante avec le neveu (Nicolas Vaude) de l’illustre compositeur Jean-Philippe Rameau. Et voilà que surgit ce drôle de personnage « à la franchise si peu commune » qui se joue des vices et turpitudes de la vie et se moque effrontément des conventions. Sur la scène du Théâtre du Ranelagh, s’enchaînent des échanges échaudés et savoureux entre les duettistes sur le génie, l’art, les sciences, la morale, l’éducation… Le jeune fripon, insensible à la vertu, bouscule les certitudes, les démonte, les abhorre, tandis que l’homme lettré, fidèle à ses principes, s’évertue à défendre l’ordre moral. Le duo se jauge, se provoque, s’enflamme… Au final, on se rend compte combien le texte de Diderot demeure incroyablement moderne. Il nous parvient aisément, limpide. Son contenu révèle toute la densité d’une pensée complexe, qui recèle de paradoxes et malmène les convictions morales et sociales. Un vrai régal.

Ardeur et hardiesse
neveu-rameau2Comment se peut-il donc que ce neveu cynique et railleur condense en lui à la fois tant de sagacité et de bassesse, s’étonne le philosophe ? Le public s’interroge aussi, tout en suivant avec jubilation les exubérances du polisson. Il faut dire que Nicolas Vaude s’en donne à cœur joie et redouble de facéties pour embarquer les spectateurs dans cette enfilade de réflexions. Comédien vif, il campe avec subtilité un garçon, tantôt vil et arrogant, tantôt attendrissant et fragile. Flanqué d’un long manteau noir et d’un pantalon défraîchi, cet espiègle là s’agite en fouettant l’air un bâton de bois à la main. Il enrage et s’épuise à filer dans tous les sens. Il occupe l’espace avec une telle vibration communicative et roborative. Epatant. Chacune de ses tirades (servies par l’art de la pantomime dans lequel l’artiste excelle) fait la part belle au corps haletant et ardent. La parole n’en est que plus belle. Scintillante. Face à lui, Nicolas Marié offre une composition plus sobre, à l’image de son personnage réservé, mais tout aussi captivante.

Cette joute verbale éclatante est également soutenue par l’originalité de la mise en scène de Jean-Pierre Rumeau (déjà présentée il y a huit ans dans le même lieu). Sur les planches, la présence du musicien Olivier Beaumont, témoin de la discussion entre le philosophe et le neveu, n’est pas vaine. Aux commandes de son clavecin, érigé au centre de la scène, il cadence intelligemment les dialogues, apportant une respiration aux échanges. Décidément, rien n’est laissé au hasard dans cette pièce rafraîchissante. Le public ne s’ennuie pas une minute. De quoi le réconcilier, si besoin, avec la pensée prolixe de Diderot.

[slider title= »INFORMATIONS & DETAILS »] Le Neveu de Rameau (site web)
De Diderot
Avec Nicolas Vaude, Nicolas Marié et Olivier Beaumont (au clavecin).
Mise en scène de Jean-Pierre Rumeau
Jusqu’au 15 novembre
Du mercredi au samedi à 21h,dimanche, samedi à 16h30, dimanche à 15h.

Théâtre du Ranelagh
5, rue des Vignes, 75011 Paris
Réservations : 01 42 88 64 44
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