Théâtrorama

Plus que quelques jours pour aller applaudir cette version épurée et diablement efficace du chef d’œuvre de Molière. Les alexandrins prennent ici toute leur saveur dans la bouche de comédiens fort bien dirigés. C’est sur eux que mise Nicolas Liautard, faisant foin de tout artifice. Pari gagné !

Le sol est dallé de plaques de cuivre délimitant la scène où se déroule le spectacle. Une scène qui prend des airs de salle d’un bal finissant puis rapidement d’un ring de boxe ou d’une fosse au lion où s’entredévoreront les protagonistes. Car le « Misanthrope » a quelque chose de « musclé », de violent même, que renforce la rigueur métrique imposée par les alexandrins.

Alceste se consume de haine à l’endroit du genre humain et d’amour pour la belle Célimène, jeune veuve de vingt ans. De ce paradoxe qui le déchire nait en lui l’idée d’un complot ourdi par ses ennemis. Epris de rectitude, il souffre de l’hypocrisie ambiante dont il est victime.

Débarrassée des artifices de décors qui détourneraient aisément l’attention du spectateur, cette mise en scène de Nicolas Liautard -qui proposa dans la même veine il y a deux ans un « Avare » éblouissant avec un Jean-Pol Dubois bouleversant- resserre à nouveau le dispositif sur les comédiens et donc le texte. La recette fonctionne à nouveau.

©Photos Jérémie Papin

La robe de Célimène…
Si l’on excepte le pas très utile effet de lumière rendu à partir de lustres qui descendent du plafond à la fin du quatrième acte (le dénouement en pleine lumière ?), tout ce qui constitue un bon spectacle est rassemblé ici. Les costumes modernes (ah cette robe couleur chair de Célimène qui la rend aussi vulnérable que conquérante, l’habillant autant que la dénudant !) vont ancrer le propos en 2011 sans pour autant dénaturer l’essentiel : le rythme qu’impose la versification. Ainsi les diérèses sont-elles très souvent respectées sans que s’immisce pour autant une impression de scansion trop métronomique.

Les comédiens œuvrent tous pour cette belle cause. On les sent investis de leur rôle. Difficile de les départager car la qualité est collégiale. En allant chercher dans les tréfonds de ses origines slaves, Sava Lolov campe un Alceste débordant dans ses excès, tour à tour d’une exubérance positive et d’un pessimisme inconsolable, dans la droite ligne du personnage créé par Molière et loin du romantisme béat dont on l’a trop souvent gratifié. Ses partenaires lui emboîtent joliment le pas, redonnant à cette peinture sociale du 17ème toute sa saveur et sa contemporanéité.

Le Misanthrope
De Molière
Mise en scène : Nicolas Liautard
Scénographie : Damien Caille-Perret
Lumières : Jérémie Papin
Costumes : Séverine Thiébault
Avec Éric Berger, Jean-Yves Broustail, Anne Cantineau, Sterenn Guirriec, Sava Lolov, Matila Malliarakis, Jean-Christophe Quenon, Marion Suzanne, Pierre-Benoist Varoclier
Jusqu’au 29 mai, tous les jours à 20 heures (sauf le jeudi à 19 heures et le dimanche à 16 heures)
Théâtre d’Ivry Antoine Vitez
1 rue Simon Dereure, 94200 Ivry
Réservations : 0 14 3 90 11 11
Site web
Durée : 2h30 (avec entracte)

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