Théâtrorama

Resserrée sur les deux personnages principaux du roman suédois de Katarina Mazetti, la mise en scène de Panchika Velez offre à deux comédiens formidables un grand moment de théâtre aussi humaniste que drôle. A ne pas manquer !

Un homme et une femme se rencontrent régulièrement au cimetière sans s’adresser la parole. Lui vient y nettoyer la tombe de sa mère, elle celle de son mari. Les deux sépultures, qui révèlent deux mondes différents, les divisent déjà. Ils vont pourtant rompre ce silence de mort…

Une tranche de vie qui prend racine au royaume des morts. Maupassant en avait tissé une nouvelle délicieusement iconoclaste (« Les Tombales »). Le point de départ est ici le même et ancre le propos dans ce fantasme de la renaissance. Or, tant qu’à renaître, autant que ce soit grâce à nos morts. Mais là où le naturaliste obliquait vers une histoire à la lisière du surréalisme, Katarina Mazetti, auteur du roman, tisse un camaïeu de situations d’une totale plausibilité. Le rythme du roman, induit par deux récits parallèles où chaque personnage parle à tour de rôle, lui confère apparemment plus de cinégénie que de théâtralité.

Drôle, très drôle
Et pourtant, sur scène, le miracle se produit. En gommant du texte original son ancrage dans la société scandinave (le roman est suédois et l’action se déroule au pays du meuble à monter soi-même…), Alain Ganas universalise son propos et épingle joliment la société de loisirs d’aujourd’hui, à travers le personnage féminin, modèle de citadinité à l’occidentale auquel se heurte son partenaire, agriculteur faisant tourner seul la ferme familiale. Les personnages secondaires ont également été laissés de côté afin de faire évoluer le spectacle dans l’intimité de ce couple hors norme. Les confrontations, parfois homériques, vont pourtant déclencher beaucoup de rires.

Car ce « Mec de la tombe d’à côté », roman ou pièce de théâtre, demeure une vraie comédie. La construction binaire du récit, accentuant l’effet de miroirs, où chaque personnage passe son temps à commenter l’existence de l’autre, en révèle tout l’aspect comique car elle creuse le fossé (et les pelletées sont généreuses) de ces deux caractères tellement antinomiques. L’équilibre ainsi respecté entre chaque protagoniste va créer une double empathie. Car au fond, doit-on prendre parti et le peut-on seulement ?

Également très humaniste, ce formidable spectacle à la mise en scène dépouillée doit beaucoup à ses deux comédiens. C’est avec une belle énergie en effet que Sophie Broustal et Marc Fayet, impeccables, campent ce couple. Un joli couple de théâtre, tellement improbable qu’on ne cesse pas une seconde d’y croire.

Le Mec de la tombe d’à côté
D’après le roman de Katarina Mazetti
Mise en scène : Panchika Velez assisté de Jeoffrey Bourdenet
Scénographie : Claude Plet
Costumes : Marie-Christine Franc
Lumière : Pierre Jauze
Musique originale : Jean-Claude Camors
Avec Sophie Broustal et Marc Fayet
Théâtre de la Renaissance
20 boulevard Saint-Martin, 75010 Paris
Du mardi au samedi à 19 h – matinée samedi à 15 h
Relâche : dimanche et lundi
Réservations : 01 42 08 18 50
site web
Durée : 1h20

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