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Le Mariage forcé de George Dandin mis en scène par Matthias Fortune Droulers et Ivan Herbez

Le Mariage forcé de George Dandin Au Ciné XIII ThéâtreLe Mariage forcé de George Dandin – C’est un jeu d’apparitions et de carambolages de lieux, de genres, d’époques. Comme des notes enflammées débridant une partition trop sage ; comme une écriture puisant et striant en tout sens d’autres écritures ; comme des fantômes guillerets se superposant soudain à l’ombre d’un coin de scène. Une joyeuse troupe s’apprête à dire et à interpréter Molière, mais aussi à le sortir franchement du cadre trop bien circonscrit de son siècle et de sa langue. Demoiselles et gentilshommes catapultés en pleine pomme américaine affrontant le plus grand crash de leur histoire – au pire, un mariage malheureux ; au pire du pire, une crise boursière – : voici Le Mariage forcé de George Dandin, détonante combinaison du « Mari confondu » et du « Mariage forcé », offerte sur un plateau explosif et pluriel.

Le jeu de transposition tire sa source d’un même et unique prétexte : celui de l’illusion. D’un côté, les comédies de Molière, la mascarade et les déboires conjugaux d’un mal-marié, mal-fagoté, nommé George Dandin. De l’autre côté, un New York pas si lointain, un crieur brandissant des Unes de journaux annonçant la crise financière, et de petites gens qui s’égaient dans les rues et les cabarets. D’un côté donc : l’antichambre du théâtre ; de l’autre : l’échappée par la distraction et l’insouciance d’une réalité peu engageante. En plein centre, reliant les deux, le règne de la magie et du déguisement, qu’il s’agisse de monter sur scène, de tromper les échelles sociales ou de revêtir les robes et les costumes de jeunes mariés.

Cette alliance de styles et d’époques, si elle repose sur une autre alliance en tout point déceptive, fait naître des tableaux hauts en couleur et énergiquement orchestrés et chorégraphiés. Peu à peu, exit Lully : l’accompagnement musical se règle désormais sur une tout autre portée, mêlant des sons de country, de jazz ou encore de swing. Quant au plateau, il se fait sous un chapiteau à l’intérieur duquel des magiciens maladroits croisent des diseuses de bonne aventure, des cracheurs de feu, des femmes à barbe ou encore des nains intenables, moitié lords anglais, moitié mandarins adeptes de kung-fu. L’ambiance est celle d’une fête foraine, où les unions sacrées se scellent dans des trains fantôme et où les contrats de mariage s’énoncent dans une fausse épouvante, à prompt renfort de secousses et de cris d’effroi.

Molière sous influence

Le Mariage forcé de George Dandin Au Ciné XIII ThéâtreLe naufrage promis aux personnages de Molière se répand donc à un tout autre siècle et s’ouvre à maintes autres influences, au privilège du cinéma. Le port dans lequel George Dandin « se jettera tête la première » est, sur la scène de Matthias Fortune Droulers et Ivan Herbez, celui de New York entre 1929 et 1933, comme ils l’expliquent : « Nous avons pris la liberté de transposer la pièce dans un contexte particulier : la Grande Dépression, période de crise économique, écologique et sociale qui résonne incroyablement avec notre époque. » Et ce contexte leur sert de base pour laisser s’ouvrir tout un océan de références.

Ainsi, rien d’étonnant à ce qu’Angélique et Clitandre jouent aux amants exagérément éplorés et frappés par la foudre aux pieds d’une forteresse glauque et néo-romantique, traversant eux aussi les genres. De même, le mariage forcé à proprement parler est transformé en un bal masqué à tonalité tantôt baroque, tantôt gothique, durant lequel une Angélique vampirisée mord sa proie de mari déjà confondu, avant de le déculotter. Dans son habit rouge, il ne reste au pauvre Dandin qu’à peu à peu sombrer dans la folie (mimant la Dépression historique), mais sa perdition est mise en balance par les attitudes et mimiques truculentes des autres personnages, qu’ils soient épouse éprise de liberté, beaux-parents remontant l’échelle sociale grâce au cocu lui-même (que les auteurs font fortuné, tandis que le Dandin de Molière était issu de moins noble classe), ouvriers ou phénomènes de foire ne tenant pas une seconde en place, tous « arrangeurs de scène » ou opposants.

Le crieur déclare l’avènement du cinéma parlant ? Peu importe : les numéros de la troupe seront une ode au muet, burlesque et slapstick appuyés. On veut rouer de coups le cocufié ? Qu’à cela ne tienne, notre Sganarelle outragé provoquera l’amant sur un ring aux allures de piste de danse, et ce sera à qui des deux se déhanchera le mieux. Amplifiant les accents comiques, caricaturant les traits tragiques, poussant l’extravagance jusqu’à extraire Molière de sa sécurité, auteurs et comédiens très bien inspirés lui trouvent un nouveau lieu et lui offre un second souffle.

Le Mariage forcé de George Dandin
D’après Le Mariage forcé (1664) et George Dandin (1668) de Molière
Mise en scène et adaptation : Matthias Fortune Droulers et Ivan Herbez
Avec Léa Dauvergne, Benjamin Duc, Matthias Fortune Droulers, Ivan Herbez, Anne-Sophie Liban, Bertrand Mounier
Collaboration artistique : Lizzy Droulers Poyotte, Stéphanie Bargues
Créations lumières : Tamara Herbaud
Costumes : Anne-Sophie Liban
Crédit Photo : Stanislas Liban
Durée : 1h20

Au Ciné XIII Théâtre jusqu’au 31 décembre 2016, mercredi et vendredi à 21h, jeudi et samedi à 19h, dimanche à 15h30

 

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