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Le Langage des Cravates, de Sophie Gazel

Le Langage des Cravates, de Sophie Gazel Le titre de la pièce Le Langage des Cravates annonce le propos. Sophie Gazel rit de l’absurdité de la course à l’embauche et de ses méthodes de sélection. Malgré lui, le spectateur s’identifie à ces candidats qui semblent venir de l’univers de Jacques Tati. L’identification ne sauve pas de cette absurdité, il semblerait que nous soyons tous contraints. Cependant, qu’est-ce qu’il est bon de rire de soi et des autres !

Le Langage des Cravates ou le langage normé et absurde

Dans une salle d’attente blanche aseptisée, un candidat, deux candidats puis trois candidats se confrontent. En vain, ils attendent le recruteur pour un entretien ; chacun tour à tour va essayer de se démarquer pour être le seul survivant. Le candidat féminin est vêtu d’un chemisier trop serré, d’une jupe très courte, le spectateur devine que c’est une méthode pour avoir LE poste. Toutefois, l’air lui manque fréquemment, elle a trop chaud, il faut absolument allumer la climatisation. Le second candidat, jeune, flanqué d’un costard orange et d’une cravate « couteau suisse efficace » ridicule va prendre les choses en main selon les méthodes japonaises. Il montre ses qualités de leadership et de management dans un anglais pathétique car il pense être filmé par les recruteurs. Le troisième arrive en dernier. Son attitude semble plus légère, il essaye de faire des blagues pour que le temps passe plus vite. Toutefois, il est prêt à tout pour avoir le poste : chanter, mimer, faire des bruits de bouche et se frapper le corps afin de créer une musique proche du désespoir. Que faire ? Lorsqu’ils tentent de partir de la salle d’attente une alarme assourdissante retentit. Ils sont comme dans un espace game sans issue. A la fin du spectacle, la porte s’ouvre, que faire ?

Un huis clos tragiquement drôle

Le propos pourrait tomber dans la caricature. Un discours anticapitaliste qui ne ferait que critiquer, sans bienveillance, les candidats pris dans la spirale de l’embauche en entreprise. Il n’en est rien ici. Avec humour, Sophie Gazel pointe également les dérives du discours sur le harcèlement sexuel.

Les comédiens Matthieu Beaudin, Pablo Contestabile et Véronic Joly incarnent avec une agilité déconcertante ces trois candidats. Tels des mimes, ils maîtrisent parfaitement leur corps qui devient un matériau élastique pour montrer l’absurde. La rationalité des mots limite parfois l’intention de l’auteur qui est, ici, transcendée par ce mouvement des corps.

Sophie Gazel et le Théâtre Organic ont fait un travail remarquable qui mérite d’être vu partout par tous les publics. Nous rions beaucoup mais le rire n’est jamais gratuit. La manière est délicieuse pour rendre le propos incisif !

 

Le Langage des Cravates
Texte et mise en scène Sophie Gazel
Avec Matthieu Beaudin, Pablo Contestabile et Véronic Joly
Création lumières Pierre Montessuit
Création sonore et « fausses pubs » Antoine Banville et Nicolas Fogel
Régie son Fabien Vandroy
Durée du spectacle : 1h05

Vu au Théâtre de Belleville

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