Théâtrorama

Au centre il y a cet acteur à la fois poète et lutin qui se nomme Rachid Bouali. Sautillant, grimaçant et attachant, il fait revivre les mondes de son enfance : l’appartement dans lequel s’entasse la famille avec ses huit enfants, la cité et les copains, les émissions de télé et les vacances dans la Kabylie natale de ses parents.

Comme Bouali le rappelle avec humour, il est né en France, mais dans une de ces familles qui trimballe avec elle tout un monde que certains Français considèrent comme exotique ou dérangeant. Le jeune Bouali s’en est accommodé, l’acteur – auteur qu’il est devenu, le transforme en un spectacle plein d’humour, de tendresse, vibrant de l’hommage qu’il rend à une mère omniprésente par delà la mort.

Début du spectacle. La lumière n’est pas encore allumée sur la scène. Le premier mot qui claque est un « Maman ! » retentissant. Comme un appel ou comme une façon de réveiller les morts, les fantômes de son théâtre intérieur. Prenant comme point de départ le moment où il quitte le domicile familial et son Nord natal, Rachid Bouali remonte à l’envers ces « jours où… », points de repère d’une saga familiale dans laquelle se mélangent son premier voyage en Algérie et l’achat de la première machine à laver de sa mère.

« Tous les matins, nous dit-il, ma mère me racontait ses rêves…Ses récits à vous couper le souffle étaient un savant mélange entre sa Kabylie natale et sa condition de femme de ménage, le tout servi par des acteurs américains du feuilleton qu’elle avait vus la veille à la télé. Tout y était : plans larges, travelling, contre -champs…J’étais face à elle comme devant un écran de la Métro Goldwyn Meyer. Et ça me mettait en retard pour l’école ».

Faisant de cette mère l’héroïne centrale et le pivot de son spectacle, Rachid Bouali, interprète seul en scène cette épopée des petites gens de son quartier. Avec des gestes précis, récurrents, des inflexions de voix qu’il ne perd jamais pour camper ses personnages, maîtrisant l’espace, il ré-invente ses souvenirs, les ré-enchante pour nous raconter son enfance, sa famille, la vie de son quartier, les premières séries télé et le western du dimanche après-midi. Il transfigure d’une poésie imprévue le moindre événement du quotidien, tout en nous entraînant derrière lui vers une autre façon de regarder la France .

Le fil directeur (le départ du domicile familial) n’est jamais perdu et s’il nous emmène dans le désert ou sur les pas de John Wayne, Bouali ne s’égare pas, mêlant avec art le passé au présent.

Le présent, c’est aussi la mort de cette conteuse née que fut cette mère qui continue de hanter de façon pernicieuse la vie actuelle de son fils. Bouali note toujours avec le même humour l’emprise inévitable de ce regard qui fut parfois intrusif dans sa vie. Il transforme sa récrimination en acte créateur et en fait l’expression de sa liberté sur la scène. En dialoguant par-delà la mort avec celle qui fut son inspiratrice la plus fidèle, en nous embarquant sur les ailes de l’onirique, Rachid Bouali renoue à la fin de son récit avec l’invisible universel de tout théâtre, d’où qu’il vienne.

[note_box]Le jour où ma mère a rencontré John Wayne
De Rachid BOUALI
Interprétation : Rachid Bouali
Mise en scène : Alain MOLLOT
Création lumière : Claire Lorthioir
Crédit photo Simon Wyffels[/note_box]

Vous pourriez aimer çà

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



Théâtrorama

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir plus d'actualités et profitez de nos invitations

Votre abonnement est enregistré avec succès !

Pin It on Pinterest