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Le Jeu du chat et de la souris d’Istvan Örkény

Le jeu du chat et de la souris au Théâtre de l'Épée de BoisLe Jeu du chat et de la souris – Sur un écran la photo en noir et blanc de deux adolescentes qui courent joyeusement dans un pré, vers quelqu’un qu’on ne voit pas. Sur la scène à peine éclairée, comme une naissance, comme un appel, elles émergent d’un tissu de velours rouge. Deux femmes âgées qui se tiennent par la main pour traverser en diagonale le plateau nu avant de s’installer de chaque côté d’une table, l’une assise dans un fauteuil roulant, l’autre épluchant des légumes dans sa cuisine.

Le Jeu du chat et de la souris raconte l’histoire d’Erzsi et Giza, deux sœurs séparées par la vie et la géographie. Nous sommes dans les années 60. Giza vit en Allemagne chez son fils, dans un milieu aisé. Elle raconte ses soirées à l’opéra ou les dîners organisés dans la maison de son fils à sa sœur Erzsi restée en Hongrie. Celle-ci a vu son statut social se défaire après la guerre. Celle-ci vit petitement en confectionnant des repas et compte chaque sou qu’elle dépense. Pourtant, les deux sœurs sont restées proches et complices : elles se téléphonent souvent, s’écrivent et se racontent, en l’enjolivant, leur quotidien.

Les deux vieilles dames d’aujourd’hui évoquent souvent Viktor, séduisant musicien de talent dans leur jeunesse, qui se laisse aller aujourd’hui tout en continuant à courtiser Erzsi qui le gave de ses petits plats. En rencontrant Paola, Erzsi a l’impression de retrouver l’énergie de sa jeunesse jusqu’au moment où son prétendant cède aux avances de sa « meilleure » amie. Sa vie s’effondre en réalisant qu’elle a toujours été amoureuse de Viktor…

Un temps qui passe

Le Jeu du chat et de la souris au Théâtre de l'Épée de BoisL’histoire serait tout ce qu’il y a de plus banale si elle n’était vécue par des personnes qui ont dépassé les 70 printemps. La mise en scène de Fabienne Gozlan se bâtit d’ailleurs sur l’opposition de tempérament des deux comédiennes – Sophie Pincemaille solaire (Erzsi) et Jeanne-Marie Garcia, au jeu plus intériorisé (Giza) – interprétant les deux sœurs.

Giza abreuve sa sœur de conseils raisonnables, tandis qu’Erzsi refuse le regard inquisiteur de sa sœur sur ses envies, ses espérances, la joie de la découverte et ses nouvelles rencontres. Réapparaissent alors les rivalités de l’enfance, de l’adolescence, se font jour les décisions des débuts de l’âge adulte qui engagent pour longtemps. Pourtant, quelle que soit leur vie sociale, leur condition de « vieille dame » met les deux sœurs sur un pied d’égalité et les laisse en marge d’une société qui les expulse des groupes qui décident ou pensent.

Le Jeu du chat et de la souris: il m’aime, je m’éloigne

La relation familiale place les deux sœurs sous le regard constant l’une de l’autre. Giza a assigné Erzsi à sa place de cadette, placé sous sa tutelle d’aînée. Elle la ramène sans cesse à son âge et à sa condition, lui interdisant par là même à se mettre à l’écoute de son ressenti. En rencontrant Paola et en devenant son amie, Erzsi sent à nouveau qu’elle compte pour quelqu’un et ouvre ainsi la porte à d’autres opportunités. Au-delà de son âge, c’est la preuve qu’elle continue à être vivante, à imaginer un avenir et à revendiquer sa part de passion lorsqu’elle se rend compte qu’elle est restée amoureuse de Viktor.

Erzsi avec son humour, sa capacité à prendre les choses à bras le corps refuse de se laisser figer dans une situation où à force de ne pas bouger, « on devient aussi minable que sa vie ». Dans sa simplicité et sa sincérité, Le Jeu du chat et de la souris porte un regard plein de tendresse sur ce moment qui représente l’ultime étape avant la mort. Elle revendique avec force le droit à une vie libre et assumée jusqu’au bout. Elle rappelle la nécessité de continuer à interroger l’instant, de participer au mouvement de la vie avec en point de mire le refus de se figer dans un rôle déterminé pour cause de vieillesse.

Le Jeu du chat et de la souris
De Istvan Örkény
Traduction de Natalia Zaremba-Huzsval & Charles Zaremba
Adaptation théâtrale : Fabienne Gozlan
Mise en scène : Fabienne Gozlan
Avec Sophie Pincemaille, Jeanne-Marie Garcia, Fabienne Gozlan
Musique : Antonin Rey
Lumière : Simon Desplébin
Vidéo : Valentin Lagard
Durée : 1 h 10
Du mardi au samedi à 20 h 30 – Dimanche à 16 h

Jusqu’au 13 Novembre au Théâtre de l’Épée de Bois

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