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Le Horla

Souvent sur le métier, remettez votre ouvrage… Cette phrase du poète s’adapte parfaitement à la démarche de Max Darcis, puisqu’il en est à la troisième version du Horla, un texte adapté de Maupassant, qu’il interprète et met en scène au Théâtre Darius Milhaud à Paris. Mais sans doute l’écrire et la réécrire est-ce le destin de cette nouvelle, puisque Maupassant lui-même en avait produit plusieurs versions.

Paru en 1887, Le Horla est un des premiers récits fantastiques de Guy de Maupassant. La nouvelle se présente comme un journal intime inachevé qui va se dérouler sur près de six mois. Le récit débute sur un fond de tableau impressionniste racontant un beau jour d’été. Malgré le soleil printanier, la douceur de l’air apparaît dans l’esprit du narrateur une inquiétude, une impression d’angoisse qui envahit peu à peu sa conscience. Au cœur de toutes les interrogations, ce « ça » prend la forme inquiétant de ce que l’auteur appelle le horla. Sans doute cet « être » a-t-il une forme de réalité puisqu’il peut boire et cacher le narrateur ? Qu’y a-t-il « hors-là », dans ce jeu qui se joue en nous et en dehors de nous, dans le corps et dans l’esprit ? Hors des apparences du réel et dans les fissures du fantasme ? La présence grandit, amenuisant la réalité du monde et finit par prendre le visage dédoublé d’un autre qui annonce les prémices de la folie qui emportera l’auteur lui-même en 1893.

Maupassant avait l’impression de se voir lui-même de l’extérieur et se sentait étranger à son visage dans le miroir et ce n’est pas par hasard s’il s’intéresse à l’hypnose et aux travaux de Charcot sur l’hystérie. Le Horla fut sa réponse d’écrivain comme une tentative ultime d’explication. Max Darcis porte le personnage en lui depuis 1985. Il écrit à cette époque une première adaptation du texte et crée la pièce à Lyon avant de la rejouer à Nouméa en Nouvelle-Calédonie en 1997 où il s’installe pendant presque 20 ans. Il redonne une troisième version de la pièce dans le cadre du Festival d’Avignon en 2010 et en envisage peut-être une quatrième pour une future tournée .

Le corps tordu, les yeux révulsés et la bave aux lèvres, Darcis nous fait vivre cette descente aux enfers avec deux chaises pour seuls partenaires. Léger, presque gai et lucide au début, le personnage se délite peu à peu pour laisser toute la place à cette présence dont la soif n’est jamais étanchée. Vêtu d’une chemise blanche qui ressemble à celle des mousquetaires ou des corsaires, Darcis quitte peu à peu cette image romantique du personnage et le monde des « normaux » pour nous servir de guide dans cet entre-deux fascinant et terrifiant à la fois qui ne peut conduire qu’à la destruction de l’être.

Nous assistons impuissants au désespoir d’un corps qui se brise et d’un esprit qui sombre, faute de pouvoir se raccrocher à une réalité tangible. Le comédien se coltine avec le texte dans un face à face continuel, il en triture le questionnement, en explore les différents chemins pour nous permettre de découvrir l’existence de ces forces intérieures incontrôlables, de nous interroger sur nos obsessions et ce que l’on nomme normalité. En offrant son corps de comédien à la présence de cet hôte venu d’ailleurs, Max Darcis nous conduit à constater notre propre fascination pour cet hôte qui n’est autre que l’attraction vers l’ombre portée de nous-mêmes.

Le Horla
Mise en scène et interprétation : Max Darcis (Compagnie Aletheïa)
Tous les mardi à 19h jusqu’au 15 Février 2011

Théâtre Darius Milhaud
80 Allée Darius Milhaud, 75019 Paris
Réservation : 01 42 01 92 26
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