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Le Horla

Aussi dérangeant qu’a dû l’être la nouvelle de Maupassant à son époque, la version scénique très radicale qu’en propose Jérémie Le Louët risque de fortement diviser. Loin de tout naturalisme, il s’ingénie à faire plutôt ressortir tout le fantastique et l’expressionnisme que sous-tend le texte. Peut-être dérangeant mais assurément fascinant.

Bien sûr, Maupassant est inévitable associé au naturalisme, ce courant littéraire dont il fut avec Zola le plus génial représentant. Un souffle romanesque, un art inimitable de l’intrigue et du récit, un style où la moindre ponctuation fait l’objet d’une attention toute particulière : autant de détails qui confinent à cette pureté absolue, véritable acmé de la création littéraire hexagonale. Dans cette œuvre pléthorique, « Le Horla » occupe une place un peu marginale.

Plus proche du récit fantastique à la Gogol (« Le journal d’un fou ») ou Edgar Allan Poe, « Le Horla », malgré de nombreuses touches naturalistes, plonge le lecteur au cœur des bouffées délirantes et hallucinatoires d’un quadragénaire qui se bat contre un être imaginaire dont il comprendra in fine qu’il n’est autre que son propre double. Mais la prosodie, la musicalité baignent ce récit comme toutes les grandes œuvres du romancier et nouvelliste. Et son oralité tient du pléonasme…

Un spectre vocal impressionnant
La création que propose Jérémie Le Louët de cette nouvelle a quelque chose de radical. Ce jeune metteur en scène et comédien va en effet prendre le contrepied absolu du naturalisme et là où l’on pourrait attendre un monologue à la lueur d’une bougie dans un décor à la normande rusticité, insuffler à son spectacle une tonalité résolument fantastique. Disposant d’un spectre vocal impressionnant, il parvient sans effort apparent à se multiplier pour épouser cette schizophrénie dont souffre le personnage. Mais au lieu d’une avalanche de cris hystériques qu’un tel sujet pourrait laisser supposer, il propose une bien plus subtile adéquation de son potentiel vocal et de la prosodie maupassantienne.

La scénographie n’est pas en reste non plus. Dualité du personnage éponyme obligeant, une bichromie domine où l’andrinople se dispute au noir le plus sombre, tant dans les costumes, les accessoires que les éclairages. Cette coloration que souligne des éclairages particulièrement soignés confère au spectacle cet expressionisme qui peut déranger mais exerce une réelle fascination, que renforce la performance (le mot n’est pas trop fort) de Jérémie Le Louët, véritablement habité par son rôle. De toute évidence, il nous propose « sa » version du « Horla ». Avec son phrasé, ses partis pris, les échos qu’il y trouve. On n’est dans la création, voire la re-création, pure. Une telle originalité mérite amplement le déplacement…

[note_box]Le Horla
D’après Guy de Maupassant
Mise en scène et interprétation et : Jérémie Le Louët
Lumière : Jean-Luc Chanonat
Photo : Sébastien Chambert[/note_box]

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