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Le Grand déballage avec Pascal Zelcer et Linda Prévot-Chaïb

Le Grand déballage au théâtre la BoussoleLe Grand déballage littéraire… L’intérieur est un mélange aussi savoureux qu’improbable de meubles et tissus néobaroques et d’objets kawaï. La femme qui l’occupe se noie derrière des couches de vêtements, desquels tombent quelques plumes de paon, et derrière un baragouinage sans fin, tout occupée à soliloquer avec sa poupée japonaise et à décomplexer un accent franglais bien marqué. C’est que la bavarde est romancière et cherche comme elle le peut sa muse contrariée. La suite d’une intrigue amoureuse et réchauffée, à faire pleurer la ménagère dans sa chaumière. Sauf que, face à nombre de ventes en pente franchement glissante, son Méphisto d’éditeur pourrait bien ajouter un peu de piquant à l’affaire.

Pour elle, la guimauve qui fond dans un palais bien ampoulé et de bourgeonnantes formules à l’eau de rose. Pour lui, le goût de l’épice et du suspense, une bonne dose non diluée de thriller et de Mike Hammer. Pour tous les deux, un unique but, mais des chemins pour louchent pour y arriver. Le duo voudrait faire figurer le prochain roman de l’écrivain en tête des gondoles, mais Louise Delalande a bien du mal à trucider ses anciens héros qui n’affolent plus aucun compteur afin de repartir à zéro. C’est sans compter sur la ténacité agglutinante de son éditeur, bien décidé à lui coller au clavier et à s’incruster dans son univers comme dans son esprit pour tirer à la romancière l’incipit de son prochain best-seller annoncé – ou sabordé, la suite nous le dira.

Le Grand déballage au théâtre la BoussoleExit les boules-coco de madame, monsieur ne sait faire ni dans la douceur, ni dans la dentelle. Pour éviter un énième naufrage, il suggère au contraire d’écrire un récit rien de moins édulcoré : les chapitres à naître seront trash ou ne seront pas, et ils devront puiser dans une matière première tout appropriée, la vie de la romancière elle-même. Dynamitage des genres en bonne et due forme, décloisonnement des styles et débordements des marges au programme, le maître et l’employée se lancent dans un « Grand Déballage », sautent sur les lignes du texte jusqu’à péter les plombs, s’inventant des vies pour les besoins de la narration, plongeant pieds et poings dans le mensonge de la création pour tenter de maintenir leur barque sur les flots de l’inspiration.

Le Grand déballage – Quand la fiction dépasse la réalité

Tel est pris qui croyait prendre, alors qu’ils pensaient échafauder des paragraphes de fiction, c’est l’artifice lui-même qui se met à les poursuivre et à les rattraper. L’éditeur exige de sa protégée en mal de motivation qu’elle creuse dans les détails de sa biographie intime pour nourrir ses pages. Mais face au manque de croustillant et d’anecdotes d’une vie sans autre relief que celui de la banalité, il lui demande de bondir d’un cliché à un autre, de passer de l’histoire de gare à l’histoire gore, quitte à fabriquer une fausse autobiographie, ou à endosser des rôles qu’elle n’a ni connus ni choisis.

Voici donc la pudique Delalande version décoincée et mijaurée, prête à boursoufler l’insignifiance de son quotidien. Son éditeur veut du drame, il lui invente une amie dépressive et un mari volage ; il veut du caractère, il la transforme en Mistinguett de guinguette. Ce n’est toujours pas assez ? Que son road-trip imaginaire la conduise à faire la tournée des plateaux TV. Au gré des transformations, au gré des interlignes, du roman feuilleton au feuilleton télé, du roman de gare à la pièce de boulevard, tous les ingrédients sont réunis pour travestir l’inconsistance en truculence.

Aussi à l’aise au pastiche qu’au postiche, Linda Prévot-Chaïb en romancière qui débloque et se débloque et Pascal Zelcer saisi par les démons de la création, se plaisent à faire résonner les influences et à multiplier les références littéraires et audiovisuelles. Le scénario du « Grand Déballage » qu’ils écrivent au fil de leur plume aussi déjantée et colorée que les habits qu’ils quittent et portent les amène vers une bascule inexorable et dit finalement autant des tourments de la création que des affres de la trop humaine condition.

Le Grand déballage
Comédie de Sébastien Blanc et Nicolas Poiret
Mise en scène d’Anne Bouvier
Avec Linda Prévot-Chaïb (en alternance avec Sophie Tellier) et Pascal Zelcer
Musique originale : Pierre-Antoine Durand
Scénographie : Pauline Gallot
Costumes : Isabelle Bardot
Lumières : Denis Koranski
Collaboration artistique : Marie-Céline Nivière
Durée : 1h10
Crédit Photo : Fabienne Rappeneau
Du mercredi au samedi à 20h, le dimanche à 18h

Au théâtre la Boussole jusqu’au 15 janvier 2017

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