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Le Chant du cygne mis en scène par Robert Bouvier

Le Chant du cygne mis en scène par Robert BouvierAvec Le Chant du cygne, Tchekhov entremêle petites et grandes histoires, les rôles de répertoires et la vie de ceux qui les incarnent. Entre les dernières tirades d’un acteur vieillissant, et les réponses de son souffleur, le spectateur se perd entre moment de vies et moments de jeu : ce trouble ce sont les splendeurs et misère du théâtre.

Drame en un acte, Le Chant du cygne n’en est pas moins une pièce à tiroir. Vassili Vassiliévitch Svetlovidov, après s’être endormi dans les loges, se réveille enfermé dans le théâtre. Pour le comédien, l’heure est à l’examen de minuit : sa longue et importante carrière est derrière lui. Nikita Ivanytch, souffleur sans le sou, réduit à passer ses nuits dans la salle lui prête la réplique. Entre regrets et remords, ils se prennent à rêver à une vie en dehors du théâtre. Qu’existe-t-il en dehors de la scène ? Ils n’ont pas de famille et le public est changeant. La formule revient, plusieurs fois répétée : c’est quelque chose qui touche à la folie. L’acteur est un homme et en même temps plusieurs. Sans nom, il obéit à une vocation et même la comédie finie, l’acteur n’a pas d’autre choix que celui de jouer.

Tchekhov sans carcan

Le Chant du cygne mis en scène par Robert BouvierRobert Bouvier propose une libre adaptation de la pièce de Tchekhov en s’appuyant sur le parallélisme entre la vie des acteurs et la vie de leurs rôles. Il remplace pour les dernières représentations Roger Jendly qui jouait initialement le rôle de Vassili Vassilievitch. Deux acteurs pour un même personnage mais pas avec le même vécu : la pièce continue à vivre, différemment. Dans la version première des trous de mémoire, lié à l’âge viennent révéler la machine spectacle, sans chercher à faire semblant cette reprise nous apprend que les trous de mémoire viennent d’un rôle appris en vitesse. Le souffleur retrouve sa fonction au delà du symbole et les acteurs nouent une complicité avec les spectateurs au delà des personnages.

Au delà de la tragédie de la vieillesse, Robert Bouvier a vu dans la pièce de Tchekhov le plaisir de jouer. Le trou de mémoire devient le prétexte d’une digression sur l’apprentissage du comédien. Il ne s’agit pas d’une adaptation littérale, on ne parlera pas des oublis ni des ajouts ou des improvisations mais d’une approche vivante et même comique du drame. Adrien Gygax propose des versions très inspirées pour un souffleur moderne et ne se laisse pas oublier. Loin d’un rôle de réplique, il participe pleinement à l’hommage ici rendu au théâtre. De la comédie musicale au grand répertoire, les comédiens sont habitués aux grands écarts et l’idéal du théâtre est pour Robert Bouvier polymorphe.

La pièce est jouée, l’acteur n’est pas mort : il y a quantité d’autres métiers que met encore en lumière cette singulière représentation. Les lumières et le son, la costumière et la décoratrice… Vive le théâtre donc !

Le Chant du cygne
Librement inspiré d’Anton Tchekhov
Adaptation et mise en scène : Robert Bouvier
Avec Adrien Gygax et Robert Bouvier (remplace Roger Jendly)
Scénographie, costumes : Catherine Ranki
Musique originale Mirko Dallacasagrande
Lumières : Pascal Di Mito
Collaboration artistique : Vincent Fontannaz
Univers sonore : Julien Baillod
Création vidéo : Alain Margot
Crédit photo : Fabien Queloz

Vu au Théâtre des déchargeurs le 22 décembre

 

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