Théâtrorama

La table des négociations culinaires…

Au Splendid se joue une sympathique comédie qui a déjà fait un petit bout de chemin en Avignon. Autour de la table d’un restaurateur à la retraite – superbement incarné par Jean-Claude Dreyfus – on parle secrets de familles, transmission de savoir, bataille des Anciens et des Modernes à la mode provençale. Malgré quelques faiblesses dramaturgiques, l’ensemble se porte bien et donne l’occasion de passer une belle et douce fin de soirée dans le Sud-Est. Comme si on y était.

Une table. C’est la pièce centrale de cette scénographie, qui donne rythme et atmosphère à des discussions familiales agitées. C’est autour d’elle qu’on parle -parfois âprement- d’héritage, de transmission, de valeurs. C’est autour d’elle qu’on se retrouve pour tenter d’accommoder cuisines traditionnelles et contemporaines. Cette table est traversée par des éclats de voix, par des répliques qu’on se donne comme des balles à saisir au bond. Elle est le théâtre de la petite cuisine qui s’y fait et s’y refait jusqu’à trouver la bonne recette. Elle est aussi le théâtre des rancœurs, des secrets, des douleurs ressassées, des amours inassouvis. La cuisine qui s’y fait – pour de vrai – envahit la salle de douces senteurs, de celles qui donnent faim, même si derrière ces senteurs on devine le désarroi face à un monde qui change décidemment bien vite. C’est autour de cette table enfin qu’on réussira à trouver une manière de vivre ensemble qui transcendera et sublimera les différences.

Marier les différences
Car la partie n’est pas gagnée. Le vieux restaurateur, qui vit à titre gracieux dans un mas provençal, va peut-être bientôt s’en trouver délogé par sa filleule. Celle-ci veut en effet fonder un restaurant avec son futur mari, dont le prénom – Fahed – n’est pas fait pour rassurer le vieux monsieur… S’engage alors une bataille, mais une bataille pleine de tendresse. Les protagonistes sont tous sensibles et de bonne volonté. La bonhomie bourrue du personnage incarné par Jean-Claude Dreyfus est irrésistible, même si son intransigeance met parfois à rude épreuve la patience de Fahed et de sa compagne. On le devine cependant, ces trois là s’apprécient trop pour que ne naisse entre eux une complicité propice au dévoilement de certains secrets et de réconciliations bienvenues.

Alors bien sûr, on n’échappe pas à certains défauts du genre comme le-remettage-en-place-de-la-chaise-pour-ne-pas-gâcher-la-perspective, ou le regard au lointain pour évoquer une vision idyllique, même si ce regard est ici contrebalancé par un agréable contrepoint. On peut trouver étrange la façon presque anecdotique de dévoiler le secret de famille, ou se demander si le happy end n’est pas un peu excessif. Mais la générosité des acteurs et la volonté animée par cette pièce de trouver une façon de marier les différences fait beaucoup de bien dans notre époque de défiance et de préjugés, et contrebalance positivement ses petits défauts. C’est une bonne petite cuisine qui donne faim d’amitié, de réconciliation et de fraternité. C’est une pièce qui invite chacun à faire ses propres plats, à tenter des nouveautés, à élargir sa pensée sans avoir peur d’y perdre son âme.

Le chant des oliviers
De Marilyne Bal
Mise en scène : Anne Bouvier
Avec Jean-Claude Dreyfus, Julia Duchaussoy, Frédéric Quiring
Décors : Sophie Jacob
Costumes : Emilie Sornique
Musique : Hervé Devolder
Lumières : Denis Koransky

Jusqu’au 2 octobre au Splendid

 

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