Théâtrorama

Les possibles de l’existence 

Après avoir été lauréate du prix Théâtre 13 en 2015 pour la mise en scène de sa pièce “Les fils de la terre”, adaptée d’un film documentaire sur le monde agricole, après avoir ensuite créé deux premiers spectacles seule-en-scène (La Banane Américaine, consacré à l’enfance et Pour que tu m’aimes encore, à l’adolescence), Elise Noiraud revient, toujours seule en scène, avec “Le champ des possibles”, troisième et dernier volet de son épopée autofictionnelle. Elle s’attaque ici au moment délicat du passage à l’âge adulte.

 Elise : Chapitre 3 

À 19 ans, une fois son bac en poche, Elise décide de quitter son village de Poitou-Charentes pour s’inscrire en faculté de lettres à la prestigieuse université de la Sorbonne. 

Découverte d’un autre espace de vie, de la littérature, du théâtre et d’une vie autonome loin du giron familial… Pourtant comment quitter ses parents et “tailler au jour le jour sa vie”, dans une ville où personne ne vous attend ? Comment marcher seule dans une ville inconnue et décider pour et par soi-même ? Devenir adulte c’est quoi ? Regard lucide et acéré sur le monde qu’elle découvre et sur sa famille surprotectrice. 

Élise Noiraud ne lâche rien et questionne les situations les unes après les autres avec sincérité, une totale lucidité et un humour qui ne se dément pas. Elle pose un regard sans concession sur le monde des adultes, sur sa propre naïveté et ses difficultés, sur ses enthousiasmes et ses découvertes tout en révélant la tension de certaines situations et le découragement qui ne manque pas de surgir. 

Le dispositif de jeu est volontairement léger : une comédienne, un plateau nu, quelques rares accessoires et une lumière qui accompagne un jeu précis qui sait aussi saisir l’essentiel d’un geste ou restituer un ressenti. À partir de quelques détails, Élise Noiraud retrace le parcours de la jeune adulte qu’elle fut, il n’y a pas encore si longtemps. Dans une langue précise où chaque mot fait mouche, sans exclure la tendresse, elle revient de façon récurrente sur cet amour maternel possessif, culpabilisant, envahissant, voire paralysant, sous couvert de prévenance. 

Par couches successives, elle raconte le plaisir et la découverte de la liberté, les premières créations, la solidarité des amitiés estudiantines…mais aussi l’arrogance des nantis qui lui offrent ses premiers boulots d’étudiante ou la stupidité de certains conseillers censés l’aider.  Trouver sa voie, son chemin revient aussi à trouver la voix intérieure qui lui parle d’elle-même et affirme ses désirs. 

À travers sa trilogie, qui n’est pas sans rappeler la démarche de Philippe Caubère quand il créa “Les enfants du Soleil” ou  “68 selon Ferdinand”, Élise Noiraud exprime d’une façon singulière la nécessité de dire non pour grandir, de reconnaître que cela passe par l’insécurité et la perte des repères au risque de se faire accuser d’ingratitude par sa famille.

Drôle, sensible, lumineuse et tendre, Élise Noiraud nous touche et nous rappelle que le champ des possibles n’est pas une question d’âge, mais une disposition de l’âme, qu’il est nécessaire de cultiver, pour continuer à nous sentir vivants.

  • Le champ des possibles
  • (Elise : Chapitre 3) 
  • Texte et interprétation : Elise Noiraud
  • Collaboration artistique : Baptiste Ribrault
  • Création lumière : François Duguest 
  • Durée : 1h25
  • Jusqu’au Samedi 22 juin au Théâtre de la Reine Blanche 
  • Tout public à partir de 8 ans
  • Tournée :  Avignon – Théâtre Transversal, du 5 au 28 juillet à 18h50 (relâches les mardis) 

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