Théâtrorama

Metteur en scène, auteur et scénariste, comédien de théâtre et de cinéma, Michalik a la grâce des surdoués et a les yeux grand ouverts sur le monde qui l’entoure. Il en distingue les coïncidences qui n’en sont pas, établit des connections entre les anecdotes, les histoires et décode le sens et la magie des hasards.

Un homme distingué, grand et élégant (Michel Derville) entre sur la scène. Il agite un foulard rouge, le plonge dans une main, il ouvre la main, la main est vide. Où est passé le foulard ? Le magicien quitte la scène et une histoire s’ouvre en allers et retours dans le temps et l’espace. La pièce commence dans les années 80, puis fait une incursion au XIX° siècle, sur les pas de Jean-Eugène Robert Houdin, horloger, mécanicien, créateur d’automates, inventeur et magicien de génie. Elle suit en parallèle l’itinéraire du jeune héritier d’un fabricant de chaussures de luxe : Georges Méliès qui inventa le cinéma.

Trois points communs entre tous ces protagonistes : la ville de Paris, un livre de magie qui passe de main en main et un lieu, celui du théâtre disparu de Robert Houdin qui devint « par hasard » le premier lieu de projection des films de Méliès avant de se transformer en sous-sol de la BNP, boulevard des Italiens à Paris. Fil rouge à cette remontée dans le temps : la rencontre de deux jeunes gens et de leurs copains en 1984, lors du championnat de foot de l’Europe des Nations à Paris. L’histoire commence ainsi. Décembre a volé un sac dans le métro. Il y trouve la photo de la jolie Avril. Il la rappelle pour lui restituer son sac. Dès son apparition, il tombe amoureux de la jeune fille – comme toute la salle d’ailleurs, dès l’apparition de Maud Baecker qui illumine le spectacle de sa blondeur. Décembre raconte à Avril, passionnée de mathématiques, l’histoire de Robert Houdin et du hasard qui le mêle à l’histoire de Georges Méliès. Passant par la roulotte d’un escamoteur, sur les premiers plateaux de tournage des premières vues prises avec le kinétographe, nous voilà projetés à leur suite dans le cercle des illusionnistes d’hier à aujourd’hui.

Le cénacle des rêveurs
Le spectacle est un hommage à ces inventeurs de génie qui, en imaginant des objets « inutiles » et loin d’être rentables, leur ont permis, sans qu’ils le sachent, de rêver et d’enchanter le monde. Le spectacle aurait pu tourner à la louange compassée et à la démonstration, mais c’était sans compter sans le talent enthousiaste et le délire de l’imagination de ce cercle représenté par Michalik et ses compagnons. Vingt-sept rôles sont assumés par six comédiens – Jeanne Arènes joue huit personnages à elle seule-, deux époques avec les costumes qui leur correspondent, des lieux intérieurs et extérieurs avec entre autres : un café retransmettant un match de foot, une voiture, des intérieurs variés de maisons, un théâtre et la guerre de 1870…

La mise en scène virevolte d’un temps à l’autre au même rythme que le jeu des comédiens qui, en une seconde, le temps de se tourner, changent à vue de voix et de costumes. Cela pourrait devenir une usine à gaz, mais cela garde la légèreté et l’humour d’un tour de carte, d’une illusion d’optique et de toute la poésie du travail des magiciens. « Ton tour viendra », dit le grand-père à sa petite-fille qui s’énerve devant son jeu-vidéo. La vie est vue ici comme un tour de manège qui s’échappe dans les interstices du temps et sur lequel on s’embarque à tour de rôle au hasard des rencontres.

 » Si nous pouvons admettre, nous dit le magicien, que nous tournons comme la terre qui tourne sur elle-même et autour du soleil, ne pouvons-nous pas admettre qu’un foulard [puisse disparaître dans la main du magicien  » ? Ne peut-on imaginer que ce foulard tourne dans une galaxie et qu’on le verra réapparaître un beau jour, dans un autre temps et un autre lieu, dans la main d’un autre magicien ou autour du cou d’un lapin qui sort d’un chapeau ?

Le Cercle des illusionnistes
Texte & Mise en scène : Alexis Michalik
Scénographie / Vidéo : Olivier Roset
Lumière : Pascal Sautelet
Costumes : marion Rebmann
Musique /Son : Roamin Trouillet
Magie : Romain Lalire
Avec : Jeanne Arènes, Maud Baecker, Michel Derville, Arnaud Dupont, Vincent Jonquez,Mathieu Métral
Durée : 1h 30 environ

A partir du 4 septembre à La Comédie des Champs-Elysées
Du mardi au samedi à 20h30, dimanche à 16h
Crédit photo: Mirco-Magliocca

 

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