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Séparer le bon grain de l’ivraie…

Le Bon grain de François Dumont Il était une fois une Reine qui aimait plus que tout son potager et adorait encore plus son Roi. Un jour son ministre de l’écologie lui annonce qu’une île vient de disparaître sous les eaux, qu’une crise majeure va éclater et menacer l’avenir du pays. Branle bas de combat : la Reine ordonne la fin de toute industrie dans le royaume. Le peuple affamé se révolte et exige la redistribution des richesses. Mais la Reine choisit la répression plutôt que le partage de ses écus qu’elle adore autant que son roi si ce n’est plus …Le Roi sensible à la misère de ses sujets choisit de précipiter la fin de sa Reine potagère…

Surtout ne pas se fier aux apparences : Le Bon grain écrit par François Dumont et mis en scène par celui-ci et Pierre Clarard, spectacle pour tout public, n’a rien d’un conte bien tranquille, qui se termine par un bal dans un château en fête. Dans ce monde, ne pas adhérer au système relève de la haute trahison et mérite un châtiment. On peut mourir en répondant à une offre d’emploi ou être transformé en boudin à force de bastonnade. On coupe la faim des pauvres et on la leur fait oublier à coups de médicaments. Séparer le bon grain de l’ivraie selon le proverbe, revient ici à mettre de côté les chômeurs donc les improductifs, à en faire des boucs émissaires pour offrir à ceux qui le méritent le meilleur d’une vie réservée..

Le jeu et rien que le jeu

Loin de tout réalisme, dans une mise en scène qui ne s’embarrasse d’aucun artifice, Le Bon grain » s’appuie sur les codes du conte et de la farce et représente surtout une machine à jouer pour les comédiens. Le plateau est l’espace de la prise de parole mais aussi le lieu du pouvoir où trône le couple royal. Salle et la scène baignent dans une lumière sans effets qui, du début à la fin de la pièce, ne varie jamais. Chaque changement de scène est annoncé par un coup de gong alors que les acteurs annoncent à tour de rôle, sous la forme de didascalies, les changements de décor. Ils se changent à vue et passent d’un rôle à l’autre comme des enfants dans la cour de récréation. Sur la base d’un costume blanc identique, s’ajoutent des accessoires qui semblent tout droit sortis de la malle d’un cirque ou d’un livre d’enfants.

Chaque mot crée les situations. Les éléments de langage deviennent paroles d’évangile. Pris au premier degré, les mots donnent naissance à des situations burlesques et drôles. Le chomeur écrasé dans cette vie devient, une fois mort, l’ange qui, en direct avec Dieu, vient inspirer les réformes nécessaires à la Reine.

Sous des dehors foutraques, cette comédie pose de vraies questions qui tournent la plupart du temps en constatations dérisoires  : Quel est le sens du progrès dans un monde où « le vélo est une des possibilités vers plus de progrès ? » Comment « parler aux gens sans leur écraser la figure ? » et que signifie l’humain là où la compétition brise les plus fragiles ? Le Bon grain, sur un ton humoristique et un rythme soutenu souligne l’absurde et la brutalité des situations. Offrant des niveaux de lecture variés, la pièce ouvre le débat sur des sujets de société, comme la crise écologique, qui finiront par imposer des choix politiques radicaux et incontournables.

Le Bon grain
De François Dumont
Mise en scène : François Dumont et Pierre Clarard
Avec Pierre Clarard, Mélody Doxin, François Dumont et Hadrien Peters
Crédit photos: Naguib-Michel Sidhom et Marie Rasabotsy
Durée : 1 h 20

À la Comédie Nation
20 h 30 les 3 -10 -17 décembre
19 h Les 26 -27- 28 décembre et les 2- 3- 4- 5 janvier

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