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L’Avare à l’Artistic Théâtre

L'Avare mis en scène par Jacques OsinskiL’Avare – De Louis Jouvet à Jean Vilar en passant par Roger Planchon, L’Avare a été monté de bien des façons. Vaudeville pour les deux premiers, tragédie familiale pour le troisième. Jacques Osinski choisit cette vision en mettant la pièce en scène sous l’angle du fonctionnement de la cellule familiale. Si l’argent reste au cœur de toutes choses, il souligne notamment la rivalité entre Cléante et Harpagon, axe toute l’action autour de l’envie de liberté des enfants et la main mise voire de la dictature du père.

Veuf, Harpagon veut refaire sa vie. Il a des vues sur la jeune et belle Marianne que son fils Cléante envisage d’épouser. Ici l’argent est au centre de toutes choses et asservit la vie de chacun. Harpagon est riche, très riche, mais il fait vivre ses enfants en âge de se marier comme des misérables. Une remarque de sa fille Élise oriente toute la mise en scène de Jacques Osinski : la mort de la mère. Partant de l’hypothèse du deuil de son épouse, Osinski suppose que cette perte a peut-être conduit Harpagon à la compenser par son amour de l’argent.

L’Avare : de la cellule familiale et autre huis clos

Vu sous cet angle, son avarice devient pour lui le moyen de retenir ses enfants et à ne pas rester seul. Même si l’avarice gangrène et corrompt toutes les relations d’Harpagon, Osinski a envie, dit-il de lui trouver des circonstances atténuantes. Il est malade, malheureux, son avarice et l’usure qu’il pratique relèvent surtout de la névrose. Une névrose qui entretient la dépendance de ses enfants dans le cercle fermé de la famille. Pourtant il n’est pas le seul à dépendre de l’argent : pour Cléante c’est un besoin obsessionnel, pour Frosine, l’entremetteuse, le moteur de chaque marchandage et le moyen de se tenir à la lisière du monde des riches.

L'Avare mis en scène par Jacques Osinski

Même la scénographie et le décor réaliste de Christophe Ouvrard reflètent le huis clos familial. Doubles rideaux tirés, une plante verte anémique, un frigo vide dans une pièce à vivre sans fioritures, un papier peint dont les dessins dissimulent un coffre, tout renvoie aux manigances financières, aux secrets bancaires et à l’austérité des maisons bourgeoises.

Jean Claude Frissung est un Harpagon magnifique qui, loin des outrances des interprétations habituelles joue sur les nuances : dur et manipulateur avec les gens de sa maisonnée et ses enfants, il devient un amoureux transi, à la limite de la bêtise face à la jolie Marianne avant de devenir un gamin abandonné à la recherche de son doudou perdu, lorsqu’il apprend le vol de sa cassette. Son désespoir sincère et solitaire finit par le rendre émouvant.

L'Avare mis en scène par Jacques OsinskiMais il serait injuste d’oublier les autres comédiens : Christine Brücher campe une Frosine à la limite de la mère maquerelle sous des dehors de bonne éducation. Elle fait duo avec Clément Clavel, inquiétant et cynique La Flèche, qui tire les ficelles dans l’ombre. Et puis il y a les enfants, Cléante (Arnaud Simon) et Elise (Alice Le Strat). Soumis aux diktats de leur père, ils n’en sont pas plus sympathiques. Jacques Osinski souligne leur veulerie, leur dédain aussi d’une richesse qu’ils préfèrent obtenir à force de manœuvres plutôt que de se donner la peine de la gagner. Delphine Hecquet (Marianne) et Alexandre Steiger (Valère) sont les étrangers dans la maison d’Harpagon, mais ils n’en sont pas moins eux aussi soumis à la hantise permanente de l’argent.

Tous très justes, les comédiens dirigés de façon précise par Jacques Osinski, échappent aux exagérations, aux outrances d’un jeu farcesque exagéré. Toujours sur le fil du rasoir, le cynisme des uns et des autres, en dehors de Maître Jacques qui reste fidèle à son maître malgré sa pingrerie, nous renvoie à une vision glacée des rapports humains tout en nous faisant rire. Jacques Osinski supprime le happy end habituel de L’Avare. Trompé par ses enfants et ses domestiques, renonçant à Marianne, Harpagon a définitivement vieilli en choisissant de rester seul avec sa chère cassette. Créé la saison dernière au Théâtre Jean-Vilar de Suresnes, ce spectacle qui vaut le détour est actuellement à l’affiche de l’Artistic Théâtre jusqu’au mois de janvier 2017.

L’ Avare
De Molière
Mise en scène : Jacques Osinski
Avec Jean-Claude Frissung, Christine Brücher, Clément Clavel, Delphine Hecquet, Alice Le Strat, Baptiste Roussillon, Arnaud Simon, Alexandre Steiger
Dramaturgie : Marie Potonet
Scénographie : Christophe Ouvrard
Lumière : Catherine Verheyde
Costumes : Hélène Kritikos
Durée : 2h

Jusqu’au 15 janvier à l’Artistic Théâtre

 

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