Théâtrorama

Chemise éclatante façon K2R, sourire aqua fresh-3 décoché en accroche au public, un brin dandy qui sait se dégingander pour séduire la salle… Non, ce n’est pas Michel Leeb. Lui se contente de faire le chinois, Laurent Lafitte excelle dans l’art du portrait chinois pour nous offrir une galerie de peintures corrosives qui renouvelle l’exercice éculé du one man show.

Assister à un one man show à Paris c’est jouer à la roulette russe. Vous pouvez périr d’un ennui mortel ou tomber sur le phénomène qui fait mouche. Lafitte ne vous laisse pas le temps de regretter votre choix. Il vous embarque dans son univers de personnages acidulés ou carrément décapants. Une entrée par le Lido pour donner le ton à ce show bouillant de créativité. De la grand-mère botoxée et infecte, bourgeoise cul serré mais traits tirés, à la tante ex fan des sixties complètement camée et accro à une époque révolue qui lui compose une légende personnelle imprégnée d’une mythomanie attachante. De Claude, l’homo fleur bleue qui s’égare dans un back-room pour s’adonner à un fist-fucking qui entrera à coup sûr dans les annales, en passant par le sadisme d’un gynécologue obstétricien (mise en garde pour les femmes enceintes sensibles). D’un comique lourd dingue amateur de stand up qui fait dans la facilité et mitraille les spectateurs de blagues vaseuses avant de revenir par le Lido avec un chorégraphe qui a plus tendance à faire des croche-pattes à ses danseuses qu’à leur apprendre les bons pas, Laurent Lafitte sait mettre de la tendresse dans le trash et habille ses personnages de subtilité.

Trash tendre
Le style Lafitte c’est une bonne dose de vitriol mélangée à quelques gouttes de sirop bien sucré. Certains de ses personnages pourraient concourir pour le bal des affreux mais l’interprète parvient toujours à glisser une petite pointe d’humanité qui les rend terriblement attachants. Il leur laisse le temps d’évoluer sur scène pour leur donner une densité qui tranche avec la tendance des one man show actuels d’expédier les sketches en quelques minutes. Lafitte va à contre-courant avec son complice d’écriture Cyrille Thouvenin, résiste aux jeux de mots faciles pour s’appuyer sur une interprétation pimentée de mimes qui donnent vie à sa pléiade de comédie humaine. Lafitte impose avec férocité sa peinture de portraits politiquement incorrects et prend de la distance avec ses personnages pour mieux défendre leurs petits travers et nous montrer leurs failles d’émotion. Il se permet de se moquer d’eux avec sympathie sans oublier de se moquer au passage de sa gueule de jeune premier post première communion (finir avec un diadème et un bouquet de plumes roses sur la tête c’est avoir un bon sens de l’autodérision). Le comédien réussit surtout le prodige (et le mot est faible) de dépoussiérer le one man show de son ronron thématique habituel. Laurent Lafitte ose mettre le fist-fucking à l’honneur, la méchanceté et l’égoïsme au premier plan. Du coup, les autres one man show font pâle figure à côté de ce petit bijou d’humour noir et grinçant qui joue les prolongations au théâtre des Mathurins.

Laurent Lafitte – Comme son nom l’indique
Ecrit et mis en scène par Cyrille Thouvenin et Laurent Lafitte
Avec Laurent Lafitte
Du 5 mai au 4 juin
Du mardi au samedi à 19h

Théâtre des Mathurins
36, rue des Mathurins, 75008 Paris
Réservations : 01 42 65 90 00
Site web

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