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Pauline Ribat et son ode aux clitoris

Depuis l’aube (ode aux clitoris) de Pauline RibatDepuis l’aube (ode aux clitoris) – Voici les prémices d’une géographie intime et d’un chant intérieur, placé entre des parenthèses symboliques. Elles convoquent la musique au cœur d’un corps de femme, pour suggérer une incise secrète et protégée. Depuis l’aube (ode aux clitoris) joue avec les sons et les sens. C’est un chiasme sonore presque parfait, avec ses « o » ouverts au centre et ses « i » fermés aux extrémités. C’est aussi un oxymore éloquent, qui demande que soit célébré un mot qu’il convient ordinairement de ne surtout pas prononcer.

Au commencement : le blanc d’une aube, la clarté d’un tout début de jour, la couleur d’une page à écrire, ou encore la note d’une chanson ou d’un discours. C’est aussi, nous dit Pauline Ribat, la teinte qu’aurait la première des respirations, du souffle au ravissement. Cette aube est une ode, depuis un horizon qui pointe jusqu’à une « petite colline » étymologique, qu’il suffit d’à peine énoncer pour en réveiller toute la musicalité. Car cette petite colline est en réalité un lieu miroir, l’espace liminaire d’un corps de femme, ici noté entre parenthèses comme entre deux cuisses. En la disant, on entend « cliquetis », ou « clignement », « clic », ou même encore « déclic ». Poétique, le mot « clitoris » mériterait bien la petite mélodie qu’on a tendance à lui refuser.

Si cette poésie est l’affaire d’une femme, Pauline Ribat choisit d’un faire également une affaire d’hommes, et s’entoure de l’acteur Lionel Lingelser et de l’acteur et musicien Florian Choquart pour la faire tinter. Une fois sur scène, le trio ainsi formé prévient : il faut tout d’abord « vider l’air en nous » pour trouver le bon tempo, car ce que nous allons voir et faire naître est une histoire collective qui n’a pourtant pas l’habitude d’être racontée en public. À travers eux, c’est une histoire qui ignore la pudeur et les clichés, fait rire comme face à une comédie, sonne grave comme face à une tragédie. Ensemble, ils sont hommes et femmes à la fois, destinateurs et destinataires, nus et masqués, aguicheurs et aguichés, victimes et témoins, tous accordés à un même rythme : celui d’un corps de femme unique cachée sous ses milliers de reflets. Le rythme qu’ils empruntent est donc une effluve, autant syncopé que délié – une inspiration et une expiration partagées.

Phénoménologie d’une perle précieuse

DEPUIS L’AUBE (ode aux clitoris)Retour à l’une des nuits les plus mystérieuses du corps féminin, à travers l’exploration sans ambages de son champ lexical. Des souffles devenus voix tournent et retournent les pages du dictionnaire historique des synonymes et abandonnent bientôt le langage châtié (qui du chat, qui du lapin, quoi de l’exquis petit écrin) pour entrer dans le delta boursier du « parler cru » (où l’on enconne et où l’on enchaîne sans timidité aucune les aphorismes les plus licencieux, en prenant soin toutefois de ne jamais tomber dans la vulgarité).

Tout, nous saurons tout sur le clito, de ses modes à ses us, de sa mythologie confidentielle aux noms d’oiseaux et autres métaphores que femmes et hommes lui accolent plus ou moins savamment. Au sommaire du numéro version comptine légère et cabaret guilleret, on se déguise et on danse ; on passe du coquillage de Vénus au « bourgeon dans son buisson », de la théorie des humeurs à l’apparition du vibromasseur (où l’on apprend que l’appendice électrique est apparu sur le marché avant même la machine à laver, c’est dire son utilité), ou encore des techniques de la masturbation aux bons conseils quant à l’épilation, voire la coloration. Mais comme pour toute histoire, celle du clitoris n’est ni linéaire, ni singulière, et c’est lorsqu’elle puise dans les petites scènes du quotidien que les tons peuvent se faire graves et les images parfois violentes.

Cela passe par une paralysie du langage et des corps, des visages qui soudain se fixent et un abandon des allégories. Cela remonte à la volonté originelle de Pauline Ribat de mettre en scène des expériences vécues, la sienne suite à une agression à Metz, celle d’Anita qui raconte son excision par lettre, celle de Fatou, celle de Fatima. Toutes ces femmes d’ailleurs qui, par leurs témoignages, deviennent ainsi proches, ces « femmes de la rue » selon le titre du documentaire de Sofie Peteers qui a servi de base au travail. Et cela se termine en canon, trois voix d’un chant universel qui retentit.

Depuis l’aube (ode aux clitoris)
Écriture et mise en scène : Pauline Ribat
Collaboration artistique : Joséphine Serre
Avec Pauline Ribat, Florian Choquart, Lionel Lingelser
Production Cie Le Pilier des anges / Théâtre Roublot
Scénographie : Jean-Baptiste Manessier
Création lumière : Laurent Schneegans
Création costumes : Cécile Box
Création musicale : Florian Choquart
Crédit Photo : Victor Tonelli-ArtComArt

Vu le 2 juin 2016 en avant-première au théâtre Roublot de Fontenay-sous-Bois avant sa création à l’Espace Malraux

Dates de tournée:

  • Du 17 au 20 janvier 2017 à 19h30 au Théâtre Roublot à Fontenay-sous-Bois (94)
  • 24 janvier 2017 à 20h30 au Centre Culturel Charlie Chaplin à Vaulx-en-Velin (69)
  • Le 14 février à 19h30, le 15 février à 20h30, le 16 Février 2017 à 19h30 au Château Rouge, Scène conventionnée d’Annemasse (74)
  • 7 mars 2017 à 20h30 à l’Auditorium Seynod (74)
  • 9 mars 2017 à 19h30 au Théâtre Roublot à Fontenay-sous-Bois (94)

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