Théâtrorama

Sous le vernis du rire dont la pétulante Annie Cordy tire tout le potentiel qu’offre le texte, se cache pourtant le constat doux amer d’une existence entièrement dévolue au métier cruel de la scène. Le merveilleux métier de la scène ?

Elle s’appelle Josse de Guérande. Ça, c’est son nom de scène. Son patronyme de naissance ? On ne le dévoilera pas ici car c’est un des nombreux moments très drôles dont fourmille le texte de ce spectacle vivifiant et foncièrement positif. Pourtant, ce vernis de drôlerie qu’Annie Cordy ne va pas manquer de lustrer à l’envi, laisse évader quelques fissures. Sans ça, l’édifice serait trop beau, trop merveilleux. L’édifice du théâtre, bien sûr ! Cette brave Josse va en effet découvrir les conséquences d’un rideau qui tombe. Au sens propre pour mieux nous servir la charge métaphorique de cet aléa bien connu du métier.

Comédienne depuis plus d’un demi-siècle, Josse de Guérande s’apprête à sortir de chez elle pour aller enregistrer une émission télé bilan qui lui apportera un retour en gloire apothéotique. Sur sa terrasse, un store roulant qu’elle vient de faire installer avec force combinaisons pour le faire descendre et monter. Sauf qu’une fois en bas, l’engin refuse de se hisser à nouveau et voilà notre star en pleine panade, sans téléphone portable, sans autre choix que de prendre son mal en patience tout en voyant s’effeuiller les heures qui compromettent son grand retour. Ne lui reste plus qu’à faire l’émission toute seule, devant un public imaginaire. A égrainer les souvenirs qui se ramassent à la pelle…

Laissez-la entrer!
« Mourir, la belle affaire ! Mais vieillir ! » Cet aveu de la bouche de son compatriote Jacques Brel, Annie Cordy ne va cesser de nous en adresser la terrible réalité. La scène est peut-être à tout le monde, mais « les jeunes ont vite fait de vous pousser vers l’incinérateur ». Cruel métier… Mais assurément le plus beau ! Avec dignité, la comédienne lui rend un hommage vibrant avec un texte qui de toute évidence a été écrit pour elle. C’est du sur mesure et le spectateur n’aura aucun mal à y entrevoir bien des éléments biographiques. A commencer par la revendication d’artiste rigolote que cette immense comédienne affiche sans complexe, allant ici jusqu’à faire un clin d’oeil ça et là à ses immortels tubes.

Bien sûr, elle va fredonner, danser et se livrer à cet exercice du one woman show. Et en dépit de quelques passages très noirs dont elle va pourtant par une pirouette tirer toute la substance positive, c’est au rire qu’elle nous convie. Sans retenue, avec cette passion et ce professionnalisme dont elle ne s’est jamais départie, qu’elle fut à faire le clown avec « Tata Yoyo » ou à incarner la troublante maîtresse de Gabin dans « Le Chat » de Granier-Deferre. Une artiste dans toute sa splendeur.

[slider title= »INFORMATIONS & DETAILS »] Laissez moi sortir (site web)
De Jean-Marie Chevret
Mise en scène : Jean-Pierre Dravel et Olivier Macé
Avec Annie Cordy et Mimi Lebon
Jusqu’au 23 décembre
Du mercredi au samedi à 20h30, matinées le samedi à 17 heures et dimanche à 15h30
Théâtre Daunou
7 rue Daunou 75002 Paris
Réservations: 01 42 61 69 14
Durée : 1h30[/slider]

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