Théâtrorama

En reprenant « L’aide-mémoire », Guylaine Laliberté et Michel Laliberté, mari et femme à la ville, dans une mise en scène de Patrick Courtois, refont vivre avec beaucoup d’humour et d’enthousiasme cette œuvre de jeunesse de Jean-Claude Carrière écrite en 1968.

Cette pièce est souvent occultée par des scénarios de films plus récents ou des textes plus marquants comme l’adaptation de « La tempête » de Shakespeare ou l’épopée du Mahabarratha mise en scène par Peter Brook. Souvent reprise, elle garde dans l’œuvre de Jean-Claude Carrière le charme désuet et léger des années 60.

Un beau matin, en sortant de sa salle de bains, Jean-Jacques se retrouve nez à nez avec une femme – fort jolie au demeurant. Elle a poussé la porte restée entrouverte et cherche un certain M. Ferrand… Pour Jean-Jacques dont la vie tourne autour de son travail et qui tient une chronique quasi comptable de ses conquêtes amoureuses dans un cahier aide-mémoire, la présence de cette mystérieuse jeune femme qui fouille dans ses tiroirs et installe ses robes dans son armoire, représente un bouleversement…

L’amour en quelques pages…
Le propos est mince et la pièce tient beaucoup par l’interprétation des personnages et la mise en scène. Patrick Courtois signe ici une mise en scène sobre et précise dans laquelle le jeu des acteurs oscille entre humour et légèreté. Avec son sourire dont elle ne se départit jamais, avec sa façon de ne jamais répondre aux questions qu’on lui pose et un certain sans-gêne, Guylaine Laliberté campe une Suzanne à la fois agaçante et émouvante, qui passe de la naïveté au bon sens, de la tristesse fugitive à un regard parfois inquiétant.

Considérant que tout ce qui l’entoure n’est que le prolongement de lui-même, Michel Laliberté est la caricature du macho de base qui va se trouver contraint par la situation à revoir sa copie. La présence de cette jeune femme bien attirante va entamer les certitudes de sa vie bien ordonnée d’avocat égoïste. La pièce dont le propos tourne parfois à la démonstration souligne cependant la manipulation de ces femmes à « l’insoutenable légèreté » comme l’a magnifiquement démontré Milan Kundera dans un roman adapté à l’écran par le même Jean-Claude Carrière. Sous des dehors faussement tolérants et avec insistance et sans jamais renoncer à leurs propres certitudes, ces êtres finissent par avoir raison des résistances les plus têtues. La mise en scène et le jeu des acteurs indiquent cette direction avec une certains finesse et sans en faire la démonstration. Traversée par des airs de jazz ou de musique pop, dans l’intimité du petit théâtre Essaïon à Paris et avant Avignon, cet « Aide-mémoire » est un bien joli moment à passer pour retrouver le charme nostalgique des utopies amoureuses.

[note_box]L’aide-mémoire
De Jean-Claude Carrière
Mise en scène : Patrick Courtois
Avec Guylaine Laliberté, Michel Laliberté
Durée : 1 h 10[/note_box]

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