Théâtrorama

La première scène qui ouvre « la ronde de nuit », création collective du Théâtre Aftaab, est comme une scène de transmission. La directrice (Hélène Cinque) confie les clés de son théâtre au nouveau gardien de nuit qu’elle vient d’engager. Symboliquement l’image est forte. Comme le lien entre Ariane Mnouchkine et Théâtre Aftaab (aftaab signifie soleil en langue dari, une langue afghane) qu’elle a contribué à mettre en place à Kaboul.

L’aventure a commencé en 2005 par une succession de stages de formation théâtrale sur place, elle se poursuit huit ans après par la constitution d’une troupe de dix-huit comédiens qui commencent à bénéficier d’une reconnaissance internationale. Le Théâtre Aftaab d’Afghanistan est devenu le petit frère du Théâtre du Soleil de France, prestigieux aîné âgé de plus de 45 ans.

Le théâtre en partage
Un hiver quelque part en France. Un théâtre la nuit. Avec sa charpente vermoulue, les deux ou trois voisins qui le traversent furtivement ou qui s’y installent provisoirement. Nader, le gardien de nuit, et sa solitude brisée le temps d’une communication sur skype avec sa famille restée à Kaboul… L’espace d’une nuit, le théâtre devient l’asile pour des fantômes de la rue, des hommes et des femmes venus d’Afghanistan et en situation irrégulière. Une nuit qui convoque les rêves et les cauchemars, les espoirs et les peurs, révélant les fantômes qui hantent les mémoires…Le sujet est grave, mais on rit beaucoup, notamment des quiproquos provenant du choc des cultures.

À la fin, sur le plateau s’entassent les décors d’un théâtre, des livres, des accessoires, comme autant de témoins silencieux des créations antérieures du Théâtre du Soleil. Le théâtre dans son épure, ce qui reste lorsque les acteurs se taisent et que les lumières s’éteignent.

En tant que comédienne, Hélène Cinque a participé aux plus grandes aventures du Théâtre du Soleil. Comme metteur en scène, elle a gardé de cette expérience ce goût du collectif, de l’artisanat théâtral, une grande rigueur et c’est ce que l’on retient du texte collectif qu’elle a mis en forme et de sa mise en scène.

Autour des deux personnages qui représentent le rêve accompli pour tout immigré – l’un a un travail, l’autre a obtenu un passeport français – les autres forment le chœur des immigrés « en devenir », ceux qui interrogent le monde. Ces acteurs venus d’un pays en guerre, parlent de liberté, du besoin de paix des hommes, de « la paix blessée » de leur pays d’accueil.

Ils offrent à leur tour ce que l’on vient toujours chercher dans les productions du Théâtre du Soleil : la générosité, l’énergie, la joie et le plaisir de créer ensemble.
Les comédiens d’Aftaab sont magnifiques de sincérité et nous font cadeau du plus beau qui soit, le partage.

Le Théâtre du Soleil a toujours mené des actions en faveur des sans-papiers, des défavorisés, mais ses actions réelles se sont toujours posées à côté de la création théâtrale. Les acteurs du Théâtre Aftaab transforment leur vécu en création et nous le racontent autrement avec leurs peurs, la douleur du pays perdu, le courage de « se jeter dans la mer sans connaître la destination et sans savoir nager » faisant entrer avec fracas la réalité du monde. Leur sens inné du théâtre – comme si jouer se résumait à une question de vie ou de mort – leur besoin de donner la parole à ceux qui ne l’ont pas, nous ramènent à la dimension sacrée de tout acte théâtral. Cela transforme, comme le souligne un comédien, la scène en « terre sainte » et le théâtre en « refuge ».

[note_box]La ronde de nuit
Création collective Théâtre Aftaab
Sur une proposition d’Ariane Mnouchkine
Spectacle en français et en dari surtitré
Mise en scène : Hélène Cinque
Durée : 1 h 50
Avec Hélène Cinque, Omid Rawendah, Harold Savary, Shohreh Sabaghy, Farid Ahmad Joya, Haroon Amani, Nafassa Gul, Ghulam Reza Rajabi, Taher Baig, Caroline Panzera, Shafiq Kohi, Aref Banuhar, Wajma Tota Khil, Saboor Dilawar, Haroon Amani, Sayed Ahmad Hashimi, Asif Mawdudi, Wioletta Michalczuk, Mustafa Habibi, Mujtaba Habibi.
Crédit photo : Michèle Laurent[/note_box]

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  1. Bonjour Dany Toubiana,

    Merci pour ce bel article qui fait aimer le théâtre avec ceux qui le font exister comme une « terre sainte » pour le comédien et comme un « refuge » pour le metteur en scène.

    Amitiés

    Denis Pourawa

    Pourawa / Répondre

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