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La Reine Margot mis en scène par Hugo Bardin

La Reine Margot – Figure historique, Marguerite de Valois bien avant d’être incarnée au cinéma par Isabelle Adjani était devenue sous la plume de Dumas un personnage de roman mais aussi de théâtre. Du fait de sa démesure, plus de huit heures sur scène, on ne joue plus cette pièce historique. Pourtant, c’est ce texte qu’a choisi Hugo Bardin pour proposer sa propre reine Margot au Prix Théâtre 13 / Jeunes Metteurs en scène 2017.

C’est par la petite histoire que l’on entre dans l’Histoire chez Dumas. On prépare le mariage de Marguerite de Valois et de Henri de Navarre (futur Henri IV) quand la pièce s’ouvre ; on enterre les cadavres et on panse les plaies de la Saint Barthélémy quand elle se termine. La fiction ouvre les coulisses de l’événement, nous rend les grands noms familiers, quitte à leur prêter des liaisons, à inventer des seconds rôles. Les amours de la reine avec le protestant Joseph Boniface de la Môle ou l’amitié de ce même de la Môle avec Annibal de Coconas sont pure littérature, il y a pourtant un réel plaisir à suivre ces aventures. Hugo Bardin n’oublie rien dans son adaptation de la dimension populaire de Dumas qui proposait la publication de ses romans en série et qui les adaptait même au théâtre pour toucher le plus grand nombre. Par ses découpes le metteur en scène propose ainsi un drame bien rythmé, centré sur la dynastie des Valois.

La Reine Margot

La Reine Margot, fin de règne et noces barbares

Charles IX est en 1572 le roi de France. Proche de l’amiral de Coligny, chef de file des huguenots, qu’il appelle père, il marie sa sœur catholique à un protestant en signe de réconciliation. Sa mère Catherine de Médicis, ne l’entend pourtant pas ainsi et souhaite profiter de cette occasion pour faire disparaître l’opposition. Jouant du chantage affectif, de son autorité sur son fils elle lui intime l’ordre du massacre tandis que son cadet François de France et que le duc de Guise intriguent dans leurs propres intérêts. Dans une famille qui a choisi de faire de la religion sa politique, la passion prime sur la raison. Dans cette lutte pour le pouvoir, qui sur scène se traduirait par une recherche des projecteurs, Chloé Astor s’accapare lentement le rôle de Marguerite de Valois, accompagnant les hésitations de cette fragile “fille et sœur de”, pour s’affirmer tout à fait quand elle défend et le mari et l’amant.

Bastien Ughetto est remarquable de complexité dans le rôle de Charles IX. Innocent torturé, monstrueux ingénu, il parvient à lui seul à faire ressortir la monstruosité de cette famille dégénéré qui se pavane comme sur un défilé. Hugo Bardin a apporté un soin particulier aux maquillages et costume comme pour montrer les derniers feux d’un pouvoir qui tue pour se maintenir. Poudré, corseté, la famille royale se décline en blanc et rouge, turban et cape pour Catherine de Medicis et look années 20-30 pour ces messieurs comme sorti d’un film hollywoodien. Certaines tenues touchent à l’outrance, comme celle de Renée la florentine qui soigne ses entrées comme une Lady Gaga du poison. Ce mélange des cultures et des genres fait partie des forces et faiblesses du spectacle.

La Reine Margot

Eclectisme audacieux et grand spectacle camp

La première chose que l’on remarque, de façon peut-être trop évidente, c’est cette croix qui divise le plateau, flanqué de deux bannières qui découpent une porte dans le fond. Un décor pour le moins minimaliste qui s’explique quand on sait que le metteur en scène a pris Bob Wilson pour référence. Les couleurs blanches et rouges alternent dans la salle, parfois au risque de la monotonie. Presque éthérée, dépassionné ce décor reporte l’attention du spectateur sur les acteurs qui porte La Reine Margot de façon magistrale entre références à la culture classique et populaire. Hugo Bardin revendique une forme de spectacle opératique mais ses emprunts répétés à Purcell, somme toute superficiels, laisse davantage penser aux performances de Klaus Nomi et à une esthétique New Wave. Un peu froid, complètement camp, mais assez séduisant au final.

 

La Reine Margot
D’après Alexandre Dumas
Conception et mise en scène : Hugo Bardin
Assistante à la mise en scène : Julia Steiger
Direction musicale : Delphine Astoux
Avec : Léo Allard, Chloé Astor, Delphine Astoux, Céline Bévierre, Pierre-Yves Bon, Augustin Boyer, Elodie Galmiche, Florent Hu, Marie Petiot, Antoine Sarrazin, Kameliya Stoeva, Bastien Ughetto

Dans le cadre du Prix Théâtre 13 / Jeunes Metteurs en scène 2017

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