Théâtrorama

Malgré une mise en scène manquant de fluidité, ce spectacle inspiré d’un roman de Stefan Zweig laisse la part belle a des comédiens de qualité qui réservent de grands moments.

Quelques mois avant la Première Guerre Mondiale, en Autriche, un jeune lieutenant de cavalerie rencontre une demoiselle qui s’éprend de lui. Cette dernière est clouée dans un fauteuil roulant. Quelle relation possible entre ces deux êtres ? Quel sentiment est amener à y dominer ? L’amour ? La pitié ? La passion ? L’hypocrisie ?

Le souffle romanesque qui habite chaque page de l’œuvre pléthorique de Stephen Zweig, son sens inouï de la narration, sa puissance psychologique constituent l’aubaine parfaite pour toute adaptation, théâtrale ou cinématographique. Une aubaine à haut risque toutefois. Si l’on prend le parti de jouer le texte de l’Autrichien comme le fit si magistralement André Salzet avec « Le joueur d’échecs » il y a quelques saisons, le risque est forcément plus limité qu’avec une adaptation et donc réécriture pour les besoins de la scène.

De très bons comédiens
Malgré un dialogue qui ne démérite pas, c’est un peu ce dont va souffrir ce spectacle. Les mots de Zweig, son lyrisme discret manquent. Passé ce bémol, les qualités ne sont pas en reste, même dans l’écriture. Elodie Menant, qui par ailleurs interprète avec passion Edith, a su restituer toute la profondeur psychologique de cette histoire sans jamais sombrer dans le pathos, n’hésitant pas même à insuffler à son personnage des comportements volontairement agaçants qui d’ailleurs vont renforcer la désespérance mortifère qui plane en permanence sur cette histoire sans issue, prise dans le double étau d’amours impossibles et du spectre de la guerre qui se profile.

La mise en scène, un peu chargée, va s’encombrer de symbolique plutôt désuète et inutile qui alourdissent un propos déjà pas léger et parasiterait l’ensemble s’il n’était porté par une interprétation de qualité. Les comédiens sont tous très bons et leur travail va réserver d’excellentes surprises. Nous assistons en effet à quelques moments d’une intensité à couper le souffle. Dans ces instants-là, c’est Zweig qu’on ressuscite, qu’on sublime. On regrettera juste qu’ils ne soient pas plus nombreux et que l’ensemble de ce spectacle ne se soit pas concentré davantage sur cette confusion des sentiments en optant pour une épure totale.

[note_box]La pitié dangereuse
De Stefan Zweig
Adaptation : Elodie Menant
Mise en scène : Stéphane Olivié Bisson
Avec Arnaud Denissel (en alternance avec Maxime Bailleul), Elodie Menant, David Salles (en alternance avec Roger Miremont), Jean-Charles Rieznikoff, Salima Glamine
Costumes : Charlotte Winter et Cécile Choumiloff
Décors : Linda Pérez
Lumières : Olivier Drouot
Photo : © Olivier Brajon [/note_box]

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