Théâtrorama

Cinq comédiennes magnifiques se passent inlassablement le relai pour évoquer la mémoire d’un des plus incontestables génies de la musique. Bourré d’élégance, saupoudré d’humour et inondé de cette musique sublime, voilà un spectacle à voir absolument. Et il est absolument tous publics.

Cinq ombres blanches entrent en scène, la salle plongée dans le noir et résonnant des notes d’une cantate. Lorsque s’éclairent les planches et s’efface la musique, la première comédienne prend la parole. Elle est la veuve du grand homme, celui dont « une goutte vaut une citerne d’autre musique » selon la formule de Rostropovitch. La deuxième lui embraye la parole, puis la troisième et ainsi de suite. Cinq comédiennes pour jouer une seule femme. Cinq femmes pour parvenir à capter la complexité d’un seul homme. L’argument pourrait presque paraître misogyne.

Il n’en sera rien, bien sûr, bien au contraire. Car ces cinq comédiennes vont incarner chacune à sa manière différentes facettes de la seconde épouse de Jean-Sébastien Bach, mais aussi le reste de la famille (Bach eut vingt enfants dont quatre filles atteignirent l’âge adulte). C’est donc un tableau familial que propose Hélène Darche dans une mise en scène d’une saisissante élégance que rehausse une très riche scénographie à la fois ludique et millimétrée. Ce quintet de femmes va ainsi défendre ce texte superbe (datant de 1925 et donc fictionnel) qui livre un portrait total de cet homme hors du commun, du compositeur que l’on connaît tous au pédagogue émérite, du père aimant à l’époux attentionné, sans oublier le bourreau de travail qui pouvait souffrir le martyre pour enfanter quelques notes.

Crédit photo Delphine Royer

Un homme comme les autres
Le créateur des plus fameuses cantates et fugues du répertoire classique est ainsi célébré par une femme amoureuse et tout le spectacle retentit de cette passion. Toutes les cinq nous rendent Sébastien -comme elles l’appellent- éminemment familier, proche, loin de l’image un peu austère et pontifiante que son plus célèbre portrait laisse supposer. Elles le chantent, elles le jouent au piano, laissant ainsi pénétrer cette musique mondialement connue dans l’intimisme d’une évocation et d’un hommage. Tour à tour ludique ou émouvant (mais sans lourdeur ni pathos), ce spectacle d’excellente facture, très sobre (ainsi qu’en attestent aussi les costumes) témoigne d’un beau travail. Un travail qui se fait oublier. Sous la direction de cette magnifique comédienne qu’est également Hélène Darche, ces cinq artistes illustrent à merveille une belle formule : « L’art consiste à cacher l’art ». Elle est d’un certain Jean-Sébastien Bach…

La Petite Chronique d’Anna Magdalena Bach
Adaptation et mise en scène d’Hélène Darche
Avec Louise Bouvet, Lætitia Brécy, Stéphanie Lanoy, Christine Sammer
Au piano Nathalie Soussana
Création lumière : Arnaud Bouvert
Costumes : Sarah Dureuil
Bande son : Laurent Haquet
Jusqu’au 3 avril 2011
Du jeudi au samedi à 20h30 et le dimanche à 15h30

Théâtre Douze
6, avenue Maurice Ravel, 75012 Paris
Site web
Réservations : 01 44 75 60 31
Durée : 1h20

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