Théâtrorama

De Simon Labrosse ( « Les sept jours de Simon Labrosse ») à Violette ( « Violette sur la terre ») en passant par « Jean et Béatrice » ou Hélène (« Le collier d’Hélène »), d’un prénom à l’autre, d’une pièce à l’autre, Carole Fréchette, en toute discrétion, fait entendre sa voix singulière que l’on reconnaît entre toutes, au Québec où elle vit et bien au-delà dans le monde francophone.

Programmée au Théâtre Michel, » La peau d’Élisa » écrite en 1999 nous raconte avec délicatesse des histoires d’amour, des vraies, des inventées, arrivées dans les lieux précis d’une ville précise.

Assise à la table d’un café, devant un ballon de rouge, une femme seule, vêtue d’un imperméable banal, se livre à un étrange rituel en disant à tout instant  » Qu’est-ce que je vous disais ? « . Elle interpelle ceux qui passent à proximité pour leur livrer les détails intimes de ses histoires d’amour : elle dit sans fausse pudeur les mains moites, le souffle court, la peau qui frémit sous les doigts…

Elle évoque le souvenir de Siegfried qui était un peu fou, de Jan qui voulait tout, tout de suite, de Edmond qui venait l’attendre sous les arbres, de Ginette qui était boulotte et d’Anna qui disait des choses que l’on rêve d’entendre…Comme poussée par une nécessité absolue ou un sentiment de danger imminent, Élisa raconte « parce qu’elle a peur pour sa peau »…

Un étrange rituel
Avec son sourire toujours prêt à chavirer, le regard rieur, Laurence Pollet-Villard est dans la peau de cette femme étrange qui se dit embarrassée de sa peau. Elle laisse les mots s’écouler d’elle même et les assemble comme pour mettre de l’ordre. « Les souvenirs amoureux, dit Élisa, quand ils montent de l’intérieur, quand ils passent dans la gorge et dans la bouche, ils dégagent une espèce de substance qui empêche la peau de pousser ».

La peau qui représente notre premier contact avec le monde, semble pour Élisa son principal problème. S’agit-il ici de sauver sa peau ? D’être bien dans sa peau ou bien de changer de peau ? Cette femme est-elle folle ? Est-elle seule ? L’histoire ne le dit pas, on sait juste que pour vivre mieux et éviter d’être étouffée (par le silence ? Les secrets ?) elle a besoin de raconter ses histoires et celles des autres. Raconter l’histoire de ces héros qui n’en sont pas pour rendre beaux les détails du quotidien, embellir les êtres et les lieux les plus banals, mais aussi atténuer l’angoisse et abolir le temps.

Dans un décor minimaliste – trois tables de bistro et trois chaises – dans une lumière qui ne change pas, tout repose sur cette proximité immédiate que tisse la comédienne avec ces partenaires éphémères que représentent les spectateurs. Jusqu’à la fin, sans aucune pause, elle fait siens les souvenirs de cette femme au passé multiple. Elle les tricote au fil de la pensée et nous les offre comme si son cœur, sa vie ou son âme en dépendait.

Une heure durant est martelée, avec pour seul soutien le texte nu, la nécessité de dire, de nommer les choses et leur permettre d’échapper à l’oubli. Comme si chaque mot, chaque souvenir raconté et entendu correspondait à un besoin vital et contribuait à la (re)construction vivante du monde.

La peau d’Élisa
De Carole Fréchette
Collaboration artistique : Véronique Kapoïan
Avec Laurence Pollet-Villard
Durée : 1 h 10
Crédit photo:Fabienne Rappeneau

Du 14 Octobre au 30 Décembre 2014 au Théâtre Michel
Mardis et mercredis à 19 H15

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