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La Nuit des rois

Un labyrinthe d’entourloupes et de malentendus…

Twelfth night est le titre original de cette pièce de Shakespeare traduite en français par La nuit des rois dont s’empare le metteur en scène Clément Poirée pour en faire une comédie très drôle sur « une humanité qui boîte, empêtrée dans un idéalisme stérile ».

La Nuit des rois
©NDR

Nous sommes dans la douzième nuit après Noël, pendant l’Épiphanie qui voyait culminer le désordre festif. Comme dans de nombreuses comédies de Shakespeare, La nuit des rois commence par une tempête. Une de ces tempêtes qui souffle le désordre dans la nature, dans le monde et qui met l’esprit des hommes dans un état proche du délire. Ici, le rideau qui sépare la scène de la salle ne s’ouvre pas, mais s’envole, abolissant ainsi le quatrième mur.

Où sommes-nous dans ce décor blanc, aux lumières blafardes, traversé par une musique triste ? Des lits séparés par des paravents et des rideaux blancs pourraient faire penser à un hôpital ou à une demeure hors d’âge dans laquelle le temps semble avoir été suspendu. Pris dans un rayon de lune, ce que l’on pourrait qualifier de grand dortoir s’anime la nuit comme dans un rêve. Peuplé d’êtres mélancoliques ou drôles qui, tour à tour viennent dérouler leurs histoires et courent on ne sait où.

Nous sommes Chez le Duc Orsino (Mathieu Marie) qui soupire après l’inaccessible Olivia (Claire Sermonne) recluse dans le deuil de son frère…Rescapée d’un naufrage survient une jeune fille, Viola (Morgane Nairaud), convaincue de la disparition de son frère jumeau. Habillée en homme, sous le nom de Césario, elle entre au service du Duc et se prend à l’aimer. Celui-ci lui confie des messages pour la belle Olivia qui s’éprend à son tour de ce page au charme troublant…Une comédie des désirs troubles se met en place orchestrée par Feste le Fou qui se fait un plaisir de souffler le chaud et le froid dans cette confusion des identités et des sentiments…

Une histoire racontée par des fous

Au centre de cette fantasmagorie où chacun se perd dans des courses qui ne semblent mener nulle part, le fou (Bruno Blairet, drôlissime). Même s’il n’est pas toujours présent sur le plateau, son point de vue est l’axe autour duquel tourne la pièce. Sa folie douce et à l’humour décapant finit par contaminer l’esprit des autres personnages.

Entre la recherche de l’idéal prôné par Olivia et Orsino, l’entrée par effraction de Viola/Sébastien et la course effrénée de ces êtres non conformes et corrompus qui sèment le désordre,les codes sociaux et les identités sexuelles sont bousculés. Les solutions inédites proposées conduisent à une sorte de folie salutaire qui finit par ramener la vie dans le château endormi. Il faut signaler le trio désopilant renforcé par la servante d’Olivia (Camille Bernon hilarante), formé par Julien Campani (Curio), Eddie Chignara (Sir Toby) et surtout Moustafa Benaïbout (Sir Andrew) qui, à la façon des Marx Brothers, accumulent les situations les plus invraisemblables. À leur façon désordonnée, ils mettent à sac l’illusion des rêves de pureté et d’absolu d’Orsino et d’Olivia tout en se jouant du faux puritanisme de Malvolio – Laurent Menoret, magnifique acteur au jeu plein d’imagination, qui passe de l’allure compassée du majordome d’Olivia aux affres de la vraie folie, celle dont on peut ne pas revenir.

Se servant de la scène comme d’un tremplin à l’imaginaire, dans un va-et-vient permanent entre le texte et les acteurs, Clément Poirée insuffle une grande modernité à la pièce, grâce à l’écriture de plateau. En explorant tous les détours de l’âme changeante, le labyrinthe des malentendus et des fantasmes de cette humanité boiteuse, empêtrée dans sa solitude, avec sa troupe de joyeux lurons, il nous offre la perspective d’une réalité qui transcende les genres, les lois et les formes. La pièce qui débute sur une valse triste jouée sur un piano désaccordé, finit par une chanson populaire jouée et chantée par le fou. Une chanson vaguement idiote, pleinement vivante et joyeuse.

La Nuit des rois
De William Shakespeare
Mise en scène : Clément Poirée
Scénographie : Erwan Creff
Avec : Moutafa Benaïbout, Camille Bernon, Bruno Blairet, Julien Campani, Eddie Chignara, Mathieu Marie, Laurent Menoret, Morgane Nairaud, Claire Sermonne.
Lumières : Kevin Briard

Durée : 2 h 30 (sans entracte)

Jusqu’au 14 Février 2016 au Théâtre de La Tempête

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