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La Mort de Tintagiles mis en scène par Géraldine Martineau

Comme de nombreuses pièces de Maurice Maeterlinck, La Mort de Tintagiles entrouvre la scène intérieure de chacun comme une invitation à se confronter aux puissances qui agitent nos âmes. « J’aimerais proposer aux spectateurs une expérience sensorielle et émotionnelle » affirme Géraldine Martineau qui en assure la mise en scène. Pari gagné.

Elle nous en donne une vision nocturne et poétique à la limite du réel et du fantasme. Magnifiquement dirigés, tout en finesse, retenue et sensibilité, quatre comédiens nous conduisent sur la mer intérieure de l’âme, « sur des terres entre l’inarticulé et l’inexprimable ». Pour soutenir la poésie de ce texte dominé par la nuit, la musique devient le cinquième personnage, tentant une échappée vers la lumière.

La mort de Tintagiles mis en scène par Géraldine Martineau

C’est un univers de conte initiatique, avec île loin du monde, battue par les vents et enfermée dans la solitude, tour et château, sur lequel plane la figure du Destin : la reine toute puissante a fait revenir Tintagiles que ses soeurs, Ygraine et Bellangère, ainsi que le fidèle Aglovale, sont heureux de retrouver. Pourtant, tous partagent le pressentiment qu’une menace pèse sur la vie du garçon. Pour lutter contre ce danger insidieux qui se cache dans les moindres replis de l’île, Ygraine, Bellangère et Aglovale – ce dernier étant persuadé que le combat sera vain- pensent que l’amour est la seule force à opposer à la fatalité. Vient la nuit où Tintagiles est emmené… Ygraine le suit, mais ils se trouvent séparés l’un de l’autre par une porte infranchissable…

Pour suggérer l’indicible, éveiller le mystère et cristalliser le temps, la scénographie de Salma Bordes et les lumières de Laurence Magnée font surgir les visages d’une ombre épaisse. Lorsque la lumière éclaire enfin la scène, elle est d’un blanc éblouissant, insoutenable comme la mort qui absorbe le vivant. Elle agresse l’oeil et le cœur puis finit par laisser à nouveau toute la place à des ténèbres peuplées de formes évanescentes et protéïformes, de voix surgies de nulle part qui entraînent inéluctablement Tintagiles derrière une porte percée d’une faille minuscule par laquelle il ne peut pas passer, malgré les efforts d’Ygraine pour le délivrer. Sous les détails insignifiants, surgissent « les puissances inquiétantes de la destinée ».

La mise en scène de Géraldine Martineau ne lâche rien de la tension du texte, elle joue sur la précision de la lenteur, les perceptions infimes et infinies. Elle creuse le réel pour nous conduire vers le fantasmagorique. La lisière entre la scène et la salle s’abolit peu à peu. La quête métaphysique des personnages se dissout dans le volume du même silence.

Face aux ombres de la mort que peut opposer l’homme, même s’il creuse, à s’arracher les ongles, la terre prête à engloutir les lumières de la vie ?
Chez Maeterlinck la mort – sujet tabou de notre société – est placée au centre de son œuvre : violente, soudaine et inéluctable. Face à elle l’amour fraternel est plein de lumière, d’une puissance si grande qu’il constitue une arme, peut-être, la seule qui peut s’y opposer.

 

La Mort de Tintagiles
De Maurice Maeterlinck
Mise en scène : Géraldine Martineau
Assistante à la mise en scène Emma Santini
Avec Sylvain Dieuaide, Evelyne Istria, Ophélia Kolb, Agathe L’Huillier
et les voix de Anne Benoit, Christiane Cohendy, Claude Degliame
Composition musicale : Simon Dalmais
Scénographie : Salma Bordes
Lumières : Laurence Magnée
Son : François Vatin
Durée : 1 h 15

Jusqu’au 22 octobre au Théâtre de la Tempête
du mardi au samedi 20 h 30 – dimanche 16 h 30

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