Théâtrorama

La Mort de Danton à la MC 93 Bobigny

La Mort de Danton mis en scène par François OrsoniLa Mort de Danton – François Orsoni a choisi une très belle traduction pour travailler sur La Mort de Danton de Büchner. Peut-être même la plus belle qui ait été écrite à ce jour. En effet, Arthur Adamov, poète admiré, était aussi un homme avisé qui avait engagé une profonde réflexion personnelle sur les enjeux de l’intime et du politique. La rencontre avec la pièce de Büchner tient de l’évidence et Arthur Adamov rend à merveille l’atmosphère romantique de la pièce tout en ouvrant le sens de chaque mot de façon à laisser exister le vertige du politique et la responsabilité de l’interprète…

Très bon choix donc, qui permet à la mise en scène de détacher Danton de l’image bourgeoise du bon vivant opposé à « l’eunuque » Robespierre dans une tradition qui tient plus du mimodrame que de la pièce historique.

Zone-frontière du jeu

La Mort de Danton mis en scène par François OrsoniFrançois Orsoni choisit en effet de faire jouer les acteurs sur une zone subtile, une zone-frontière située entre la personnalité de chaque comédien et le moment où il prend le masque. C’est un choix périlleux, car les comédiens peuvent être tentés de retourner à leurs fondamentaux et à leurs facilités pour se rassurer. Et c’est – de fait – ce qui arrive souvent. À ce jeu, c’est le comédien qui porte la parole de Danton qui s’en sort le mieux. À contre-emploi – l’acteur est fin et subtil quand on attend un Danton éructant – il manie à merveille le masque léger et la parole sincère. Il joue, il s’amuse beaucoup sur cette fragile zone frontière, il en rend fidèlement les clairs-obscurs. On se régale.

Mais les autres comédiens et la jeune comédienne ne déméritent pas. On les sent tout près de cette zone. Nul doute qu’ils rejoindront leur camarade entre les Etats-Unis et le Mexique dés qu’ils auront davantage confiance en eux. Dés qu’ils feront confiance à leur directeur d’acteur. Dés qu’ils cesseront de se sentir obligés de choisir entre la personnalité pure et l’incarnation rassurante. Dés que, délaissant les idées traditionnelles de vie et de mort, ils plongeront à leur tour dans les limbes de cette pièce à nulle autre pareille.

La Mort de Danton, une révolution

Car il s’agit sans doute de l’une des plus belles pièces jamais écrites sur la Révolution française. On y voit à la fois les enjeux de l’époque et les questions de responsabilités personnelles et politiques. Les personnages ne se dérobent pas à leur rôle – et le mot prend ici tout son sens, car l’Histoire y est présentée comme une pièce de théâtre dont les rôles ont à pourvoir -, mais ils nous font accéder à un questionnement qui dépasse largement le fait politique pour nous plonger dans une connaissance profonde et subtile de l’humain.

Autour d’une table, qui se fait peu à peu scène, échafaud, table de discussion, table de lecture, loge pour les comédiens, se jouent les hésitations de l’humain face au rôle qu’il doit jouer devant l’Histoire. On les voit se maquiller, on les voit parfois y croire, s’emporter dans leur rôle, lui donner toutes les intonations possibles. Et c’est beau, c’est très beau.

On peut regretter cependant que la signature de la mise en scène ne soit pas plus affirmée, et ne se détache pas davantage d’images maintes fois éprouvées. En effet une plus grande affirmation donnerait le signe du risque partagé et permettrait peut-être aux comédiens de prendre davantage confiance en eux-mêmes, et de se décharger un peu du poids qui pèse sur leurs épaules.

Pour les comédiens, il s’agit de comprendre qu’il n’y a pas de danger autre que celui de frotter sa pratique artistique au sentiment de sa propre vie. C’est déjà beaucoup certes, mais c’est probablement surmontable. Ce qui les guette, c’est ce gouffre terriblement excitant et effrayant qui leur permettrait d’atteindre l’état d’enfance dans leur jeu, état vers lequel leur metteur en scène tente de les emmener. Car « L’enfant est innocence et oubli, un renouveau et un jeu, une roue qui roule sur elle-même, un premier mouvement, une sainte affirmation. » Nietzsche « Ainsi parlait Zarathoustra »

La Mort de Danton
De Georg Büchner
Traduction : Arthur Adamov
Mise en scène : François Orsoni
Avec Brice Borg, Jen-Louis Coulloc’h, Mathieu Genet, Thomas Landbo, Yannick Landrein, Jenna Thiam
Dramaturgie : Olivia Barron
Musique : Thomas Landbo et Rémi Berger
Lumière : Dominique Brugière
Perruques : Cécile Larue
Costumes : La Bourette
Crédit photo : Victor Tonelli

Jusqu’au 23 octobre à la MC 93 Bobigny

Vous pourriez aimer çà

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



Théâtrorama

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir plus d'actualités et profitez de nos invitations

Votre abonnement est enregistré avec succès !

Pin It on Pinterest