Théâtrorama

La Mère

Le retour très attendu sur les planches de Catherine Hiegel, après son éviction de la Comédie française l’an passé s’avère une totale réussite. Le bonheur de voir cette immense professionnelle, tellement parfaite, tellement maîtresse de son jeu fait oublier les quelques facilités du texte de Florian Zeller, notamment dans le sujet, assez souvent vu. On est vraiment là pour madame Hiegel avant tout.

Anne est une mère possessive jusqu’à la déraison. Elle a tout donné pour façonner de ses mains et de son amour, un foyer dans lequel son fils occupe la part principale. Depuis que les enfants sont partis, elle sombre dans un gouffre de déréliction. Tout lui échappe. Mais un retour du fils en pleine rupture amoureuse va redonner à cette mère un second souffle…
C’est un décor froid, d’un blanc grisé sépulcral, éclairé au néon, dessiné de formes géométriques qui accueille ce drame. On ne semble pas vouloir arrondir les angles dans cette famille éclatée par le seul caprice du temps qui passe, de l’âge qui avance et libère le nid des oisillons. Ce décor modulable se fait plus clinique encore lorsqu’un lit trône au milieu de la scène. Mais tout s’embrouille rapidement, chambre conjugale ou d’hôpital, car la part fantasmée du sujet principal finit par se fondre à celle, réelle ou que l’on croit comme telle. La force destructrice de la passion que décrit Zeller dans « La Mère » et qui n’est pas sans rappeler celle de Nathalie Baye dans «  Mon fils à moi » de Martial Fougeron est décrite ici de l’intérieur, de manière totalement cognitive. Si les personnages sont bien présents devant nous, on ne peut s’empêcher de se les représenter comme les fantasmes d’Anna, qu’il s’agisse de son fils ou même de son mari.

De l’humour malgré tout
Cette sorte de master mind psychologique, psychiatrique et psychanalytique même, parvient à s’aérer toutefois pour éviter le piège du pensum freudo-lancanien quelque peu imbuvable. Quelques rires fusent, francs et décomplexés. Mais le propos demeure le plus souvent noir, grotesque, légèrement abscons et les esprits épris de cartésianisme risquent d’en avaler leur « Discours de la méthode ». Car méthodologiquement, la seule chose que Zeller réussit à faire, c’est à tout défaire. A user de l’espace temporel et scénique pour déconstruire afin d’imposer la folie qui s’empare du personnage titre.

Ce personnage qu’interprète Catherine Hiegel. Aussi bien entourée soit-elle (Clément Sébony de sa beauté triomphante, dominatrice et arrogante est très bon, tout comme Jean-Yves Chatelais dans le rôle du mari), c’est elle qui constitue le point d’ancrage, le pivot indestructible de tout ce drame auquel elle offre, de sa voix rauque, une puissance expressionniste vertigineuse. Ses intonations, qui glacent le sang tant la folie semble s’être emparée de cette femme agaçante à force d’être anéantie, témoignent bien que dans la maitrise de l’art de la scène, Hiegel est imbattable.

La Mère
De Florian Zeller
Mise en scène : Marcial Di Fonzo Bo
Décor et lumières : Yves Bernard
Musique : Etienne Bonhomme
Avec Catherine Hiegel, Clément Sibony, Jean-Yves Chatelais et Olivia Bonamy
Du mardi au samedi à 21 heures, samedi à 18 heures et dimanche à 16 heures
Jusqu’au 5 décembre
Durée : 1h15
Petit Théâtre de Paris
15 rue Blanche, 75009 Paris

Réservations: 01.48.74.25.37
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