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La Ménagerie de verre

La ménagerie de verreDes sentiments, des peurs et des désirs… Plus qu’une histoire, nous dit Jeanneteau, La Ménagerie de verre est un paysage, un ensemble de distance traversé par des lumières, des obscurités, des vents et des tempêtes ». Loin du réalisme habituel des mises en scène des pièces de Tennessee Williams, Jeanneteau impose une lenteur qui surprend, dérange et qui agace même. C’est un vrai choix qui permet au spectateur d’accéder à l’intériorité du texte et à celle de personnages où les frontières vacillent entre rêve et réalité, où « la temporalité multiple se combine en strates, en cycles et en réseaux« .

Avec Les Aveugles de Maurice Maeterlinck, son spectacle précédent, Daniel Jeanneteau jouait sur la proximité en mêlant sur une scène embrumée spectateurs et acteurs, dans La Ménagerie de verre, il joue sur la distance, la faille, le décalage et l’absence. Nous sommes à Saint Louis, dans le Missouri, sur les bords du Mississipi. Amanda Wingfield, abandonnée par son mari, vit avec ses deux enfants, Tom et Laura, dans un petit appartement. Poète et employé dans une usine de chaussures, Tom est le narrateur et raconte son envie de fuir le milieu familial entre une mère possessive et une sœur lointaine et quelque peu dépressive. Laura, fragile et solitaire s’est réfugiée dans un univers où l’extérieur n’existe pas et règne sur une collection de petits animaux en verre soufflé. À ce triangle refermé sur lui-même s’ajoute un quatrième personnage : Jim, un jeune collègue de Tom, invité le temps d’une soirée et qui pourrait devenir le galant de Laura…

Un agencement de solitudes

Dans La Ménagerie de verre, la vie ressemble à une expérience dépourvue de sens où chacun vit encastré dans l’espace de l’autre. La mise en scène de Daniel Jeanneteau réduit l’appartement à un espace blanc. Un sol recouvert d’un tapis duveteux, circonscrit de murs de tulle transparent. Au centre de cet univers fermé, Amanda règne telle une araignée qui tisse sa toile. En bordure de scène, la ménagerie de verre de Laura occupe un espace réduit, mais en dehors de l’appartement, comme une fenêtre vers un extérieur qu’elle se sent incapable d’investir.

Paradoxale, incandescente, Dominique Reymond joue cette mère qui souffle le chaud et le froid. Derrière le tulle, sa voix nous parvient feutrée puis nous surprend par des inflexions métalliques, qui induisent de la brutalité et une fausse bienveillance. Face à elle Laura (Solène Arbel) que sa mère dit frappée d’un handicap indéfinissable, paraît encore plus fragile et perdue. Entre ces deux femmes, tout aussi inaptes l’une que l’autre à entrer dans le monde du travail, Tom (Olivier Werner) essaie de résister pour continuer à faire vivre ses rêves. Narrateur de cette histoire, installé sur le seuil de l’appartement, il hésite entre son aspiration vers des horizons lointains et ses remords qui le ramènent vers la maison familiale.

Sous l’injonction harcelante de sa mère, Tom finit par inviter un de ses collègues de travail qui pourrait, selon Amanda, les sortir de leur précarité en épousant Laura. Le temps d’une soirée, tout semble possible, les frontières vacillent et la bulle pourrait enfin exploser pour arracher Laura à cette mélancolie programmée par une mère hantée par sa jeunesse perdue. Pendant un temps très court, Laura vit comme un miracle, ce qu’elle ne peut même pas concevoir.

Tom finit par partir, fuyant comme son père, l’emprise affective de sa mère et de sa sœur. Amanda a choisi pour mode de vie l’errance dans une vie dont elle n’a jamais eu le contrôle. Écrasant la féminité de sa fille, obligeant son fils à s’absenter de ses propres désirs et perpétuant son emprise alors qu’il a fui, elles les condamnent eux aussi à cette entre-deux perpétuel, faute de choisir une direction. La pièce s’arrête ainsi, nous laissant démunis face au gâchis de vies qui ressemblent à des éclats d’arcs en ciel brisés.

La Ménagerie de verre
De Tennessee Williams
Traduction : Isabelle Famchon
Mise en scène et scénographie : Daniel Jeanneteau
Lumières : Pauline Guyonnet
Avec Solène Arbel, Perric Plathier, Dominique Reymond, Olivier Werner et la participation de Jonathan Genet
Durée : 1h 30
Du Mercredi au Samedi : 20 h 30 – Mardi à 19 h 30 – Dimanche 15 h 30

Jusqu’au 28 avril au Théâtre de La Colline

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