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La Main de Leïla de Aïda Asgharzadeh et Kamel Ismer

La Main de LeïlaLa Main de Leïla, un conte oriental à l’ombre de l’Algérie d’octobre 88… C’est l’histoire de l’amour secret de deux amants qui n’ont pas le droit de s’aimer dans une Algérie au bord de l’implosion.
Le Haram Cinéma, le cinéma interdit

À Sidi Fares, un village proche d’Alger, Samir tient dans son garage transformé en salle de spectacle le Haram Cinéma. Pour un dinar, il rejoue les grandes scènes du cinéma européen et américain. Deux règles régissent le lieu : l’identité de Samir doit rester secrète et l’accès est interdit aux femmes. Un jour, Leïla, la fille du colonel Bensaada déguisée en homme, assiste à une représentation de Casablanca et insiste pour connaître la suite… De cette rencontre naît leur amour qui doit demeurer secret.

Seule femme de la maison parmi ses frères et son père, Leïla doit composer entre son père, symbole de l’autorité du régime et son frère Amar, traversé par les idéaux de la jeune génération. Dans ce quotidien difficile où les matières premières et l’eau courante manquent, Samir et Leïla se retrouvent tous les soirs sur la terrasse du Colonel. De son côté, Samir ne semble avoir que sa grand-mère roublarde dont il s’occupe avec beaucoup d’affection ainsi que son ami Zino qui n’a qu’une seule chose en tête : Partir clandestinement pour rejoindre la France.

Une mise en scène virtuose faite de bric et de broc

Une dizaine de personnages est jouée par trois comédiens d’une grande habileté. Kamel Isker et Azize Kabouche dupent les spectateurs dans une mise en scène terriblement ingénieuse. De simples fils à linge, cœur du dispositif scénographique, permettent de transformer le plateau pour représenter les différents lieux de l’action dramatique – le terrasse, la boutique, l’autobus, la salle de bain de Leïla… L’agilité des comédiens et l’intelligence de la mise en scène emportent le spectateur dans un tourbillon où l’humour chasse le sérieux. Les personnages incarnent un mouvement tel Zino qui aspire à la France, une figure comme le Colonel Bensaada, facilement identifiables par le public. Les comédiens s’amusent avec ces caractères pour faire rire et nous rions.

Toutefois, les personnages et leur destin sont attendus, ce qui ne provoque pas d’étonnement chez les spectateurs. Nous ne sommes pas fascinés par la singularité des personnages et de l’histoire. Les situations cocasses qui représentent un pan de la réalité algérienne des années 80 nous font rire, nous comprenons la gravité mais ne la ressentons pas véritablement. J’aurais aimé éprouvé ce manque, la fatigue et la frustration des habitants de ce village imaginaire près d’Alger. Le public ne revit pas la tragédie des événements, la situation politique est à peine évoquée.

La Main de Leïla est un spectacle drôle, porté par d’excellents comédiens dans une mise en scène astucieuse et pleine de surprises. L’histoire est, cependant, lisse et manque de détails historiques qui auraient donné une vraie profondeur au propos.

 

La Main de Leïla
Texte : Aïda Asgharzadeh et Kamel Isker
Mise en scène : Régis Vallée
Avec Aïda Asgharzadeh, Kamel Isker et Azize Kabouche
Création lumière : Aleth Depeyre
Scénographie : Philippe Jasko
Costumes : Marion Rebmann
Musique : Manuel Peskine
Crédit photos : Alejandro Guerrer

Jusqu’au 31 décembre 2017 au Théâtre des Béliers Parisiens
Du mercredi au samedi à 21h, le dimanche à 15h

En tournée jusqu’au 11 novembre 2018
De Saint-Etienne, Yverdon en Suisse, Dubaï aux Emirats à San Francisco

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