Théâtrorama

La danse du trop-plein…

Léa Perret et sa troupe présentent à la Loge une audacieuse apocalypse post-fictionnelle. Les acteurs dansent pour nous un maëlstrom de bêtise télévisuelle. Dans ce spectacle, le système médiatique tourne sur lui-même, comme pris de folie, et de cet excès surgira une catastrophe salutaire. Si la pièce est jubilatoire et l’engagement des jeunes acteurs indéniable, le message est en revanche parfois confus.

Un plateau de télévision avec invités et chroniqueurs, un cadre de lumière pour figurer l’espace des reportages et autres séquences émotion : de cette scénographie très simple surgira une danse joyeuse, celle qui nous fait reprendre possession physiquement du torrent de pseudo-fictions télévisuelles qui nous inondent depuis l’enfance. Léa Perret, chef d’orchestre de l’ensemble, est très convaincante en animateur agressif, hyper-compassionnel et rapace. Sous sa houlette, les séquences se suivent et se ressemblent dans leur jubilatoire indigence. Une concurrente malade poursuit son rêve de midinette, la publicité s’avère être le commanditaire de l’émission, et un jeune homme romantique nous danse la séquence du complot mondial et de la-vérité-qu’on-nous-cache. Léa Perret organise et tente de sublimer le trop-plein, pour nous faire arriver à une nausée fictionnelle salutaire. L’apocalypse ne passera que par l’excès d’obésité et le suicide inconscient de cette machine infernale. Les acteurs s’en donnent à cœur-joie, et poussent cette machine dans ses derniers retranchements. Ils deviennent des agneaux sacrificiels carnivores, pour notre plus grand plaisir.

En clair, c’est crypté
Oui mais. Cet excès manque parfois d’assise dramaturgique, et le sens s’échappe parfois tout seul. La thèse du complot mondial par exemple n’est pas amenée de façon suffisamment claire. Pour le dire autrement, elle ne bénéficie pas d’un contrepoint qui permettrait de la renvoyer efficacement dans les cordes. Le jeune homme qui la prend en charge est d’abord convaincant quand il se révolte contre l’oppression médiatique, mais quand il en arrive au délire de persécution – que l’on observe de plus en plus souvent chez nos contemporains, même intelligents – l’excès n’est pas suffisamment signifié en tant que tel et peut plonger dans un certain malaise. De ce monologue on finit cependant par retirer l’idée que la télévision n’a pas le monopole de la bêtise, et que les têtes sont fragiles… Le final – poétique – nous réconciliera avec l’ensemble et ré-ouvrira la sensation comme la signification. En conclusion, si certaines maladresses viennent rendre confus quelques passages, on peut raisonnablement penser que Léa Perret est quand même tout près du but.

La fin du monde – récréation
Mise en scène : Léa Perret
Assistante à la mise en scène : Fanny Zeller
Avec Anthony Devaux, Sophie Guibard, Laureline Le Bris–Cep, Léa Perret et Chloé Vivarès
Jusqu’au 9 octobre à La Loge

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