Théâtrorama

Le théâtre du Grand Parquet ouvre le bal de sa saison dans un tout nouveau lieu. Rien n’a pourtant changé : les spectacles fleurent bon la qualité, l’endroit demeure une formidable antre de la convivialité et la mixité, tant sur la scène que dans la salle, en est le mot d’ordre. Avec « La Farce de Maître Patelin » et ses cinq siècles d’âge, le trait d’union entre hier et aujourd’hui est assuré. Pour tous les publics, c’est un enchantement.

Sans verser dans la sinistrose aiguë, le théâtre va mal. Outre les taux de remplissage souvent catastrophiques, sont à déplorer les fermetures définitives de lieux qui pourtant nous ont fait passer de grands moments. En plein cœur du quartier jugé « difficile » de la Goutte d’Or, le Lavoir Moderne Parisien, pour une dette inférieure au coût d’un décor de pièce dans de grands théâtres de la capitale, a du baisser le rideau. Même chose pour l’Olympic Café.

Soutenir ces lieux lorsqu’ils continuent d’exister s’avère plus que jamais une nécessité. Qui plus est quand ils ouvrent leurs portes dans un nouvel emplacement. Le théâtre du Grand Parquet, après six ans passés rue du Département, vient tout juste d’être transféré rue d’Aubervilliers. Le lieu fleure bon la convivialité, l’accueil y est parfait, la mixité un acte politique. Pour ouvrir sa saison, une pièce anonyme que d’aucuns attribuent à François Villon. Quinzième siècle. Richard Demarcy en a fait un spectacle pour tous que mènent cinq comédiens viscéralement investis.

Des comédiens multiformes
Maître Patelin, fin magouilleur comme tout avocat qui se respecte, est fauché comme les blés. Il promet pourtant à sa chère et tendre de la draper dans les plus beaux tissus. Il se rend chez le drapier. Les deux hommes se passent rhubarbe et séné à qui mieux mieux et au final, le marchand de tissu, corbeau dépouillé par le renard, se voit défait d’une précieuse étoffe sans aucune contrepartie financière. Il comprend mais un peu tard qu’il s’est fait rouler en se rendant chez son créancier, qui, tel un Volpone de la plus belle trempe, joue les moribonds.

Le travail de Richard Demarcy, également directeur du théâtre, résume à merveille ce qu’il s’emploie à faire de son établissement. Un pont entre la culture et ceux dont on catalogue trop vite incapables de l’apprécier. Ainsi, la pièce médiévale, sous sa houlette, devient-elle un divertissement enchanteur, mêlant le cirque au théâtre. Les costumes sans être passés par les doigts d’un créateur de luxe, flamboient d’originalité et surtout, vivent par la grâce des comédiens (Ah ! La délicieuse Léontina Fall dans sa robe couleur de neige !). Le décor, très accessoirisé, suggère en un clin d’œil et en musiques -de Morricone à Nino Rota en passant par Mozart- les changements de lieu. Les comédiens se font musiciens, chanteurs, acrobates, danseurs. Occupant un vaste plateau, ils assurent durant un peu plus d’une heure un spectacle drôle, inventif où les anachronismes assumés transcendent plus encore la drôlerie du propos. Les gamins suivent ça bouche bée. Quel meilleur gage de qualité ?

[note_box]La farce de Maître Patelin
Version contemporaine et mise en scène : Richard Demarcy
D’après un anonyme du 15ème siècle
Avec Léontina Fall, Antonio Da Silva, Guy Lafrance, Jean Lacroix Kamga, Nicolas le Bosse
Photo : Victor Tonelli [/note_box]

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