Théâtrorama

La Dernière bande au Théâtre de l’Œuvre

La dernière bande au Théâtre de l'Œuvre Jacques Weber« Un soir, tard, d’ici quelque temps… » Pas un son pendant les vingt premières minutes de La Dernière bande. Juste cette pantomime où l’homme avance à pas comptés en ahanant. Le premier son arrive enfin. C’est celui d’une bande magnétique. Une voix jeune raconte. C’est celle de Krapp, enregistrée trente ans auparavant.

L’homme affalé sur son bureau dort au milieu de ses boîtes en fer, un magnétophone à sa droite, un haut parleur à sa gauche. La nuit tombe sur le plateau, il se redresse. Crinière blanche, nez rouge, chaussures et habit râpé de clown, l’homme va et vient, ouvre et ferme violemment les tiroirs de son bureau qui semblent renfermer sa vie entière, approche une page de livre de son œil car il est quasi aveugle, mange une banane, puis une autre…

Aujourd’hui il a 69 ans et comme chaque année, selon un rituel immuable, le jour de son anniversaire, Krapp s’apprête à enregistrer les souvenirs qui ont marqué sa vie durant l’année écoulée.
Réécoutant la bande de ses 39 ans, il prend conscience de sa solitude actuelle, de ses renoncements et de cet amour irrémédiablement perdu.

La Dernière bande repose sur Jacques Weber

Avec ce texte court, on retrouve les obsessions habituelles de Beckett autour de la vieillesse et de l’absurdité de l’existence. En limitant les gestes, les déplacements, l’espace du personnage, le temps devient le point central de la pièce : Le temps qui passe, celui qu’il reste à vivre, le temps gaspillé de la jeunesse et celui étriqué de la vieillesse où la vie se réduit comme une peau de chagrin. Ici le propos se fait encore plus radical et tout artifice est prohibé. La sobriété de la mise en scène de Peter Stein colle à la sécheresse et à l’épure d’un texte qui supprime les excès, élimine la couleur pour aller vers le dénuement et jusqu’au silence.

Mais ce texte et cette mise en scène à la fois sobre et brillante ne serait rien sans la magistrale interprétation de Jacques Weber. Blafard, crachotant et ahanant, il est méconnaissable sous les traits de Krapp. Il a contraint sa grande carcasse à s’avachir, à se rapetisser, à se mouvoir avec une lenteur exaspérante qui répète les mêmes gestes. Avec une humilité totale, l’acteur a oublié son charisme, fait taire le côté tonitruant de sa personnalité pour être ce personnage recroquevillé autour du seul souvenir d’amour qu’il a laissé passer.

Peu à peu la pantomime et les grimaces disparaissent pour laisser la place à la douleur poignante d’un vieillard qui étreint le vide, en proie à la maladie, à toutes les solitudes avec pour seul compagnon ce magnétophone obsolète et ses bandes qui continuent à lui parler de lui. Que reste-t-il d’une vie quand elle a fini par passer et que les chances de bonheur se sont envolées ? Que sait-on des dernières pensées de l’autre alors que la vie s’échappe ? Une image de soir d’été, une prière, un air qui trotte dans la tête, une lumière qui brille dans le noir alors que les ombres se font plus denses…ou rien.

La Dernière bande
De Samuel Beckett
Avec Jacques Weber
Mise en scène : Peter Stein
Assiste de : Nikolitsa Angelakopoulou
Décor : Ferdinand Wögerbauer
Costumes : Annamaria Heinreich
Maquillage et coiffure: Cécile Kretschmar
Durée : 1h 10
Du mardi au samedi à 21 h – Matinées : Samedi à 18 h & dimanche à 15 h
Crédit photo : Dunnara Meas

Jusqu’au 30 Juin au Théâtre de l’Oeuvre

Vous pourriez aimer çà

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



Théâtrorama

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir plus d'actualités et profitez de nos invitations

Votre abonnement est enregistré avec succès !

Pin It on Pinterest