Théâtrorama

Si vous voulez passer une bonne soirée, n’hésitez pas, les lundis et mardis à 20 h, à descendre l’escalier du théâtre Essaïon, espace parisien situé en plein coeur du Marais. Même si à la lecture de l’affiche, on s’inquiète.

Encore une pièce de Tchékov, encore La demande en mariage et L’ours ! Pourtant, dans cette mise en scène de Sophie Parel, on a tort. Pas de fausse entrée en matière qui tenterait de mettre place « l’univers de Tchékov ». On entre directement dans le vif du sujet et c’est mordant, c’est drôle dès les premières répliques, on y retrouve à la fois toute la légèreté et la profondeur des comédies de Tchékov et ceci sans artifices et avec des partis pris d’une grande sincérité, tant dans les choix de mise en scène que dans le jeu des comédiens. La distribution est alternante et on peut ainsi multiplier son point de vue en allant voir le spectacle plusieurs fois !

Une pièce kaléidoscopique…
Comédienne de formation, jouant au théâtre et au cinéma, Sophie Parel signe ici une de ses premières mises en scène. Également comédienne dans le spectacle, elle apporte une grande sensibilité à l’unique personnage féminin de chaque pièce. Sa silhouette gracile n’a rien de fragile lorsqu’elle s’oppose avec une énergie redoutable au machisme imbécile de ses prétendants dans l’un ou l’autre texte. Face à elle deux comédiens, au jeu tout en nuances, qui passent avec –semble-t-il ! – une facilité déconcertante d’un registre à l’autre. Laurent Richard joue sur la caricature dans La demande… et finit par exprimer une tendresse qui passe par l’outrance dans L’ours; Aliocha Itovich, prétendant hypocondriaque et tout en tics dans la première pièce devient un serviteur zozotant et monté sur ressorts dans la seconde. Un vrai bonheur!…

Nous sommes dans l’univers des propriétaires terriens, avec leur âpreté au gain, leur envie de dominer le voisin et de paraître plus puissant. Grotesques ou pathétiques, avec leurs désirs inassouvis et contradictoires, à partir de situations platement quotidiennes – la possession d’une parcelle de terre dans La demande…, le remboursement d’une dette dans L’ours – chaque situation est poussée vers l’épique, avant que la réalité des petitesses ne la dégonfle pour en monter la mesquinerie.

Jouant sur un décor identique et une lumière qui passe du jour à la nuit, de la noce joyeuse qui clôt La demande en mariage à la chambre feutrée qui enferme le deuil languissant de la veuve éplorée du début de L’ours, Sophie Parel parvient à créer une unité dans sa mise en scène en liant les deux textes d’une façon astucieuse et esthétiquement très jolie.

Malgré le côté farcesque de l’interprétation, on ne tombe jamais dans l’outrance. On est emmené ailleurs, dans l’élégance et l’humanité douce- amère des personnages tchékoviens. Chaque pièce est un trio (une femme et deux hommes). Le côté évanescent du personnage féminin n’est qu’un leurre, car tout le jeu s’organise autour d’un jeu de pouvoirs dont elle tire les ficelles.
Chez Tchékov, il ne faut jamais se fier pas aux apparences, la dureté de son jugement sur les femmes n’est là que pour mieux plaindre le peu de pouvoir des hommes. Qu’on ne s’y trompe pas, à ce jeu, il n’y a aucun gagnant.

[note_box]La demande en mariage/ L’ours
D’Anton Tchekov
Traduction : André Markowicz et Françoise Morvan
Mise en scène de Sophie Parel
Lunières : Antonio de Carvalho
Avec (distribution en alternance) : Jérémy Bardeau, Philippe Collin, Aliocha Itovitch, Sophie Parel, Karine Pinoteau, Laurent Richard[/note_box]

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  1. Un régal….!

    Dominique Martigne / Répondre

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