Théâtrorama

150 personnages, 150 corps, 150 âmes, psalmodiant, éructant des sons et des chants d’un autre monde, d’une autre dimension. Des corps et des âmes ressuscitant, peut-être, des extraits modifiés et bouleversés de leur existence passée. Autant de moments que nous, spectateurs/voyageurs, allons vivre et ressentir, à l’instar de Dante contemplant l’état des âmes dans le purgatoire.

Invités par deux personnages souriants, à la voix apaisante et, tout de blancs vêtus et maquillés, à s’introduire dans un vaste chapiteau en bois, nous, les spectateurs/voyageurs nous apprêtons à pénétrer de l’autre côté, quittant l’espace rassurant de la campagne provençale pour un lieu protéiforme où le commun n’a plus lieu d’être. Des chants, des voix, des cris, des fragments de texte, des sons étranges, c’est une fresque composée d’une douzaine de tableaux tous plus magnifiques les uns que les autres, qu’il nous est donnée à voir, peut-être pour en saisir le sens, mais quel sens ? Le purgatoire a un but mais un sens ?

Des hommes qui chantent, assis sur des chaises suspendues dans les airs, un barman dissertant sur la nature humaine en nous servant de singulières boissons colorées, un repas où une vingtaine de convives, emmenés par une sculpturale et tonitruante créature Fellinienne, s’affrontent autour d’une tête de cochon en gelée bleue, un chœur de femmes, vêtues comme les veuves siciliennes, se lamentant autour d’un ange déclamant en italien, une sublime procession de spectres d’où émanent d’étranges mélodies, sont autant d’évènements qui au fur et à mesure de la traversée vont nous bousculer, nous déranger, nous amuser, nous envoûter sans que nous ayons besoin d’y accoler une quelconque signification, emportés loin, ailleurs, dans un monde aux interstices visuelles et sonores dans lesquelles nous tentons de camoufler les quelques miettes de rationalité qui nous restent.

Divine comédie
Les mots de Marion Coutris sont à la fois malmenés et transcendés dans cet espace sonore transversal, où nous tentons de saisir au vol les phrases et bribes de texte. Fascinés et intrigués par l’inquiétante étrangeté émanant de ces mystérieux protagonistes, nous déambulons près de ces hommes en costume assis sur de confortables fauteuils, qui nous scrutent en proférant des questions auxquelles nous hésitons à donner la moindre parcelle de réponse.

Eblouis par la mise en scène et la scénographie de Serge Noyelle, sublimés par les compositions musicales d’Alain Aubin et Marco Quesada qui créent le fil d’Ariane entre les lieux, nous devons parfois nous asseoir sur des transats afin de nous laisser submerger par l’infinie richesse des visions offertes par les cent cinquante comédiens, danseurs et chanteurs, comme ce tableau nommé « la forêt renversée » où des réfugiés, s’acheminent, dans une chorégraphie d’une lenteur captivante, vers la lumière avant de s’effondrer, inanimés, et de se relever pour recommencer le même parcours.

Revenir sur nos pas, recommencer, éprouver nous-mêmes le purgatoire, c’est l’ambition de ce spectacle démesuré qui transporte nos esprits dans une déambulation magnétique et hypnotisante, dont le parcours se conclut par une poignée de sel délicatement déposée dans notre main. Nul doute que Dante Alighieri lui-même aurait apprécié ce voyage, illustration fantasque et spectaculaire de sa prose, désormais enracinée pour l’éternité dans notre cœur et notre esprit de spectateur/voyageur.

Le Purgatoire
De Marion Coutris, d’après Dante Alighieri
Mise en scène de Serge Noyelle
Scénographie : Serge Noyelle assisté de Gregori Miège
Avec 150 artistes, comédiens, danseurs et chanteurs amateurs et professionnels
Musique : Alain Aubin (composition et direction des chœurs) et Marco Quesada (composition musicale)

Crédit photo: Cordula Treml

 

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