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La Danse de mort, un cheminement immobile

La Danse de mort – Assis côte à côte sur deux chaises inconfortables, ils ressassent, ils répètent et parlent pourtant de fêter leurs noces d’argent. Entre Alice qui a jadis été actrice et Edgar, capitaine de garnison autoritaire, la guerre est devenue un rituel quotidien. À la fois champ de bataille et scène de théâtre, leur maison, aux cadres noirs sans photos, au plafond sombre et sans fenêtre ressemble déjà à un tombeau. Lorsque leur ami Kurt débarque sur leur île battue par les vents et loin de tout, le duo se transforme en trio infernal. La Danse de mort tourne à son paroxysme…

Écrite en 1900, La danse de mort est une des dernières pièces naturalistes d’August Strindberg. Avec des crises morales et psychiques liées aux troubles de sa vie personnelle (3 mariages et 3 divorces), Strinberg est un maître pour raconter les infinies variations autour de l’amour-haine. La mise en scène de Stuart Seide, d’une sobriété totale et sans aucune fioriture esthétique, laisse toute la place à un texte au cordeau et à des acteurs magistralement dirigés. À ce jeu de massacre, débordants de mauvaise foi, Hélène Theunissen et Jean Alibert font des étincelles ; leur jeu tout en subtilité laisse parfois entrevoir des éclats de tendresse qui leur permet de rebondir vers encore plus de férocité.

La Danse de mort mis en scène par Stuart Seide

Une farandole effroyable et cruelle

Dans ce lieu déserté par le plaisir, dans le dénuement, victime de crises de catalepsie et aspirant au silence, Edgar vit dans le déni : la misère et la mort ne le concernent pas. A ses côtés, Alice s’acharne à relancer la machine, théâtralisant le radotage et l’affrontement conjugal. Elle souligne chaque manque, chaque défaut, commente la musique que l’on entend au loin, et qui signale les fêtes auxquelles ils ne sont plus ou n’ont jamais été conviés.

Le seul contact avec l’extérieur est un vieux télégraphe qui relie le couple à un semblant de famille : leurs enfants qui ne viennent plus. L’arrivée du cousin Kurt est un appel d’air, une occasion de colmater les brèches, de faire bonne figure, mais l’illusion ne dure guère. On finit par inclure l’invité occasionnel dans ce jeu macabre qui consiste à maintenir l’autre dans un état de vie suffisant pour mieux le détruire, à le ménager suffisamment pour que la souffrance de l’un constitue la jouissance de l’autre.

Enchaînés l’un à l’autre, Alice et Edgar ne peuvent imaginer se séparer, hors de ce cercle vicieux, ils n’ont aucune existence. Ne restent que la jouissance d’entraîner l’autre dans son malheur, faire l’addition des échecs et des frustrations, pousser la perversité mesquine jusqu’au vertige. Aucune échappatoire, aucune ligne de fuite dans cette sarabande effrénée qui prend le spectateur en otage et le conduit vers l’exploration de ses propres profondeurs, vers des eaux souterraines où vivent les pulsions et les petits arrangements en nous et entre nous.

La Danse de mort
De August Strindberg
Traduction : Terje Sinding
Mise en scène : Stuart Seide
Assistante mise en scène : Karin Palmieri
Avec : Jean Alibert, Pierre Baux, Karin Palmieri, Helene Theunissen
Scénographie : Angeline Croissant
Lumière : Jean-Pascal Pracht
Son : Marc Bretonniére
Costumes : Sophie Schaal
Crédit photos : Pascal Gély
Durée : 1h40

Jusqu’au 29 Octobre au Théâtre La Reine Blanche
Du mercredi au samedi à 20h45 – dimanche à 15h30 Les jeudis 12 et 19 octobre à 14h30

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