Théâtrorama

La musique des mots du texte permet de sentir sur le bout de la langue le goût salé de la mer et sur la peau le poisseux des brumes norvégiennes. Écrite en 1888, « la Dame de la Mer » n’échappe pas à cette évocation de la langueur du climat qui donne lieu à des nostalgies inexpliquées et que l’on retrouve dans la plupart des textes d’Ibsen. La pièce s’inscrit entre « Rosmersholm » et « Hedda Gabler », deux des pièces majeures d’Henrik Ibsen et fait partie de ce que l’on appelle dans son œuvre « les drames modernes ».

Comme dans nombre de ses textes, « La Dame de la Mer » a pour personnage central une femme que les gens du village ont baptisé la Dame de la mer, car elle se baigne chaque jour dans le fjord quel que soit le temps. Ellida a grandi près de la mer et est fille d’un gardien de phare. Habituée au mouvement des eaux du large, elle a du mal à s’accoutumer à l’immobilité des eaux du fjord au fond duquel elle vit depuis son mariage avec un médecin plus âgé qu’elle. Leur petit garçon est mort en bas âge et sa mélancolie semble se nourrir de cette « irrésistible nostalgie de la mer ». Ellida a été fiancée à un marin qui, après avoir disparu pendant de nombreuses années, réapparaît et vient la reprendre…

Le thème est au cœur de nombreuses légendes scandinaves…
Les dernières pièces d’Ibsen ont en commun de se terminer par la mort tragique des principaux protagonistes, mais celle-ci échappe à ce sort commun et se termine bien. Pourtant il existe une polémique autour de cette fin heureuse. Tous les arguments de la pièce, dit-on, viennent de l’extérieur. L’histoire contient toutes les fulgurances des textes d’Ibsen : les non-dits, les décalages de l’âge, les jalousies, les commérages qui blessent… Mais ce retour à l’ordre bourgeois semble plaqué et cette fin heureuse conduit à une sorte de contresens dramaturgique.

La scénographie de Matthieu Ferry inscrit l’action dans un univers bleuté de lumière froide, les brumes et l’humidité des bords du fjord collent à la peau alors que les acteurs se déplacent dans l’eau et que la terre ferme se trouve réduite à une bande étroite. Pourtant cette scénographie très belle ne parvient pas à sortir le déroulement de la pièce d’une certaine uniformité. Les acteurs semblent en attente d’une direction. La voix à la fois si étrange et si puissante de Camille qui porte la douleur et les interrogations de la jeune femme, paraît confinée dans un jeu trop étroit qui ne lui permet pas de se déployer.

Les aspirations d’Ellida la portent pendant une grande partie de la pièce vers ailleurs. Son choix doit se faire entre une emprise forte, porteuse de mélancolie et qui réunit les ingrédients du drame et un choix raisonnable qui la conduit à se libérer et à accepter de vivre au fond du fjord aux côtés de son mari.

La mise en scène de Claude Baqué colle au texte littéral et ne fait rien ressortir de ses aspérités. Ibsen, que l’on considère souvent comme « le prophète des désastres du siècle à venir » a écrit ici un texte à part dans son œuvre. Tout le défi de la mise en scène aurait pu se trouver dans l’étrangeté de ce happy end. Un drame a été évité, un retournement a eu lieu, mais lorsque celui-ci arrive, la mise en scène n’a rien raconté de la périlleuse traversée.

[note_box]La dame de la mer
D’Henrik IBSEN
Mise en scène : Claude BAQUÉ
Scénographie , Lumières : Matthieu FERRY
Avec Marion Bottollier, Camille, Ophélie Clavie, Didier Flamand, Nicolas Martel, Nicolas Maury, Nicolas Struve
Musiciens : Émilie Counil, Julie Morau et Maxime Duhem
Crédit photo: Pascal Victor – ArtComArt.[/note_box]

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