Théâtrorama

Casanova est aujourd’hui célèbre comme aventurier et surtout comme l’homme qui fit de son nom le symbole de la séduction. On le compare souvent à Don Juan, pourtant il n’avait rien d’un collectionneur de femmes ou d’un fornicateur libertin. Loin de se détourner de sa conquête dès lors qu’elle s’est donnée à lui, il s’attachait et protégeait, tout en usant de charme et de perfidie pour conquérir les femmes. Giacomo Casanova, né le 2 avril 1725 à Venise et mort le 4 juin 1798 à Dux, fut un personnage historique et non de légende. Tour à tour violoniste, écrivain, magicien, espion, diplomate, bibliothécaire, jouisseur et exubérant, il vécut en homme libre de pensée et d’action des premiers succès de sa jeunesse à sa longue déchéance.

D’origine allemande, Sandor Màrai, l’auteur de « La conversation de Bolzano », est né en 1900 dans l’Empire austro-hongrois, dans une famille de la grande bourgeoisie. Cet épisode de la vie de Casanova, adapté pour le théâtre par l’acteur Jean-Marie Galey et le metteur en scène Jean-Louis Thamin, est totalement inventé par l’auteur.

Casanova en fuite
Casanova s’est enfui de Venise. Il a sauté les murs de sa prison pour se réfugier au Nord de l’Italie à Bolzano, attendant l’occasion de franchir la proche frontière autrichienne. C’est dans une auberge où il passe la nuit que le retrouve le puissant Comte de Parme qui a une affaire à régler avec lui. L’homme est marié à la belle Francesca, qui a cinquante ans de moins que lui. Francesca encore adolescente et Casanova se sont rencontrés, il y a quelques années près de Florence. Le coup de foudre est réciproque, mais provoqué en duel par le Comte et blessé, le séducteur n’a pu mettre Francesca dans son lit. Celle-ci, obsédée par sa rencontre avec Casanova, doit en être délivrée. « Couche avec elle et dégoûte-la de toi à tout jamais. Je veux que Francesca passe par toi comme on traverse une maladie ». Tel est le marché que propose le Comte de Parme à Casanova, en échange d’argent et d’un sauf-conduit…

Ce marché étrange se déroule dans le huis – clos de la chambre d’une auberge sordide, le temps d’une nuit glaciale, à la lueur d’un feu. La tractation se fait entre un vieillard et un séducteur vieillissant qui a perdu de sa superbe. Le Comte de Parme représente cet ordre autoritaire que Casanova a évité toute sa vie.

En interceptant une lettre que sa femme adresse à Casanova, Le Comte court-circuite la situation. En organisant la rencontre, il entend la contrôler et la retourner en sa faveur. Mais c’est sans compter avec le désir de Francesca qui prend la situation en main et qui, refusant d’être un objet, devient sujet et entend bien renverser la situation à son profit … Cependant imagine-t-on Casanova rangé à tout jamais et vieillissant au coin du feu ? Face à un ordre imposé, il préfère la fuite et le refus.

Dans sa mise en scène, Jean-Louis Thamin joue l’ombre contre la lumière, le non-dit contre l’excès de parole, la théâtralité contre le réel. Cette aventure de Casanova fait écho à la toute première œuvre de Màrai, qui, dans « La confession d’un bourgeois » raconte sa propre errance entre les frontières de l’Europe et la même fuite devant l’amour. Les personnages se débattent dans l’ombre, jouent sur l’ambiguïté en se travestissant. Apparaît alors un monde à l’envers, distordu, grotesque et pathétique.

[note_box]La conversation de Bolzano, une aventure de Casanova
De Sandor MÀRAI
Adaptation scénique : Jean-Marie Galey / Jean-Louis THAMIN
Mise en scène de Jean-Louis THAMIN
Avec Jean-Marie Galey, Teresa Ovidio, Hervé Van der Meulen
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