Théâtrorama

Exceptionnelle, Chantal Péninon défend un texte vif, cru et d’une déchirante humanité dans ce spectacle où, seule en scène, elle se laisse posséder viscéralement par son rôle. Beau, puissant et terriblement émouvant mais sans pathos. Un coup de cœur.

Henriette Meyrieux a tout eu et tout perdu. Un mari parti trop tôt, un commerce florissant avant d’être bouffé par un hypermarché dans le contrebas de la colline où elle végète désormais. Ne lui restent qu’un ressentiment antédiluvien qu’elle entretient avec sa voisine la mère Clabert, et ses rêves. Rêves d’évasion d’une désespérante modestie : un car va passer qui va l’emmener à la plage pour la première fois de sa vie.

Magistrale interprétation
Écrit il y a presque un quart de siècle, le texte de Marc-Michel Georges résonne d’une effroyable actualité. Sans pathos, avec simplement un verbe fort qui ne cède à aucune facilité, il embarque le public dans une spirale infernale. La pérégrination proposée, métaphore de ce voyage, seul aller d’où l’on ne revient jamais, a quelque chose de dantesque. Henriette, oubliée de tous, devenue une experte en résignation, a sa chienne Sultane pour unique compagne et ses souvenirs pour habiter son quotidien. Maigre passé mais tellement replet au regard de ce que l’existence lui a laissé. Certes, le feu d’artifice du 14 juillet va être tiré tout près de son échoppe, sur les hauteurs qui ne n’élèvent pourtant guère vers les sommets de jouissance terrestre. Mais comme tout ce qui brille, cela s’éteindra plus cruellement encore. Cette femme n’a plus qu’à se laisser partir, en parlant à ses valises, en leur conférant cette humanité qui l’a désertée.

Dans un décor fait de ces brise-vents qu’on trouve sur les plages et qui tracent un trait d’union entre le voyage fantasmé et la triste réalité où le personnage se meu(r)t, la comédienne Chantal Péninon livre une bouleversante composition. On ne peut s’empêcher de songer à Miriam Boyer dans « La Vie devant soi » ou le plus récent « Désolé pour la moquette », mais en plus désespéré. De son regard bleu azur, seul signe de vie tangible qui semble encore émerger de cet être prisonnier de gris, Chantal Péninon vit viscéralement son rôle et offre un portrait de femme dont le combat fait la grandeur. Un combat contre la mort ou contre cette vie qui n’en est déjà plus vraiment une. On sort de ce spectacle abasourdi car du théâtre de cette puissance, pratiqué avec une telle abnégation, exercé avec un tel don de soi se fait rare. Pour ne pas dire rarissime.

La Chienne dans les orties
Texte et mise en scène : Marc-Michel Georges
Avec Chantal Péninon
Du jeudi au samedi jusqu’au 13 novembre à 19 heures, puis du 19 novembre au 19 décembre à 20h45
Durée : 1h10

Théâtre de l’Aire Falguière
55 rue la Procession, 75015 Paris
site web
Réservations: 01.56.58.02.32

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