Théâtrorama

Après la mise en scène étonnante et pleine de surprises de « Cyrano de Bergerac », Olivier Mellor et sa Compagnie du Berger reviennent de Picardie jusqu’au 23 Février au Théâtre de l’Épée de Bois à la Cartoucherie de Vincennes, avec « Knock » de Jules Romains, un autre classique du répertoire français, créé en 1923.

« Les gens bien portants sont des malades qui s’ignorent ». Cette affirmation du Docteur Knock sert de viatique à cette mise en scène qui, au-delà du personnage, met en place le triomphe de la médecine, sous-titre de la pièce souvent occulté par le personnage du médecin. Ayant choisi de quitter Saint-Maurice pour s’installer dans une ville plus grande avec sa femme, le docteur Parpalaid décide de laisser sa place à Knock, jeune médecin de quarante ans. Knock s’informe, durant le trajet sur la ville et les habitudes des habitants. Avec à peine quatre ou cinq patients par semaine, qu’est-ce que l’on peut faire ? À partir de ce postulat, la conclusion ne se fait pas attendre : la clientèle dont il hérite lui semble trop bien portante et il va falloir se pencher sur le problème pour y remédier !

L’asservissement des foules et des consciences bernées
La mise en scène d’Olivier Mellor ne néglige aucun des aspects de la pièce et donne une couleur scénographique différente aux trois parties de la pièce. Le début a la couleur des images des livres d’autrefois. La toile d’un paysage de campagne aux teintes acidulées, au dessin enfantin et tiré à vue par un régisseur défile derrière une torpédo qui a tout de la voiture à pédales, reflet de la naïveté de villageois prêts à se trouver bernés par le premier beau parleur venu. L’action est entrecoupée par des intermèdes musicaux qui jouent le contrepoint et qui commente l’action.

Le second tableau se déroule dans le cabinet médical. On attend avec gourmandise le « ça vous chatouille ou ça vous gratouille », le défilé des patients, tous plus caricaturaux les uns que les autres…Parfois, la projection d’images de têtes de morts, de diables grimaçants et venus de nulle part hache l’ordonnancement de la scène. Cela ressemble à une sorte de bug mental qui interrompt l’action de façon intempestive. La comédie se fissure alors que se glisse un sentiment d’étrange.

La dernière partie avec un décor agrandi à la taille d’un hall d’hôtel, assoit le triomphe de la médecine. Nous sommes au summum du génie de la communication versatile de Knock qui, obsédé par l’argent, sait manipuler les consciences et le tiroir-caisse. Tout le canton est au lit. Knock, son acolyte le pharmacien et autres notables intéressés respirent la prospérité, ils sont devenus riches, très riches…

Tout au long de la pièce, on rit beaucoup. Stephen Szekely campe un Knock glaçant et obsessionnel, « communicant » de génie qui, jouant sur un charisme naturel et un machiavélisme acquis, tisse sa toile avec beaucoup de délectation. Tous les comédiens drôles et inventifs portent le spectacle avec une énergie qui ne se dément jamais, le tirant vers l’ironie et la satire sociale féroce. En posant une loupe, sur le microcosme du village agrandi au canton, de cette comédie d’hier, Mellor fait une fable d’aujourd’hui, nous renvoyant, en pleine figure, notre propre crédulité.

L’hôtel au confort High-tech et au personnel glacial évoque déjà ces publicités actuelles et doucereuses qui nous disent de cultiver notre santé, de prévenir la maladie pour ne pas avoir à la guérir, au nom du principe de précaution. Cependant, malgré toutes les barrières sensées nous protéger, sommes-nous préparés à la mort qui ne manquera pas de se présenter ?

Un dernier tintement de xylophone, le bras tendu vers le ciel, les accents d’une chanson triste, la lumière s’éteint sur un Knock qui semble défier le ciel en un dernier geste provocateur ou peut-être implorant. Le personnage devient presque sympathique. Cette fin douce-amère nous cueille, là où on ne s’y attendait pas. Nous sommes passés du rire franc et parfois grivois à un rire jaune et grinçant qui met mal à l’aise, disant au final toute l’inutilité de nos actions et la réalité de nos solitudes.

[note_box]Knock ou le triomphe de la médecine
De Jules Romains
Mise en scène : Olivier Mellor
Scénographie : Olivier Mellor, Valérie Jallais, Benoît André
Avec Stephen Szekely, Rémi Pous, Jean-Christophe Binet, Vincent Tepernowski, Dominique Herbet, Valérie Jallais, Marie-Laure Boggio
Musiciens : Séverin « Toskano » Jeanniard, Christine « Zef » Moreau, Olivier Mellor, Feat. La Fanfare Boullard
Durée du spectacle : 2 h 20 (avec entracte)
Crédit photo : Karine Thénard[/note_box]

Vous pourriez aimer çà

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



Théâtrorama

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir plus d'actualités et profitez de nos invitations

Votre abonnement est enregistré avec succès !

Pin It on Pinterest