Théâtrorama

« Vous n’avez jamais lu Karl Marx, alors ?…Eh, oui, je sais…Nous sommes les seuls à présent, nous les grands industriels à lire Le Capital…en particulier le passage où il est dit : « le seul véritable pouvoir est le pouvoir économico – financier, les holdings, les banques, les marchés…en un mot le Capital !… ».

C’est un miroir impitoyable que nous tend Dario Fo dans Klaxon, trompettes et…pétarades, joué en 2010 au Théâtre des Amandiers de Nanterre et repris du 12 Mars au 27 Avril au Théâtre 14 à Paris. La pièce, ancrée dans la réalité spécifique de l’Italie des années 70-80, n’a jamais été jouée en français. La mise en scène de Marc Prin a resserré le texte, racontant avec une évidence étonnante la Crise de nos années 2000.

Dès le départ, tout est déjà bien embrouillé. Antonio, un ouvrier des usines Fiat, se trouve dans la situation de sauver Gianni Agnelli, [grand industriel et entrepreneur italien, copropriétaire et dirigeant de la société Fiat]. Ce dernier vient de subir une tentative d’enlèvement et suite à l’accident qui s’en suit, se trouve avec le visage entièrement brûlé. Antonio, dans sa voiture sur le remblai avec sa maîtresse et témoin involontaire de l’accident, dépose le blessé à l’hôpital, le couvre de sa veste et part sans demander son reste. Le personnel hérite du malheureux défiguré et s’appuie sur les papiers découverts dans la veste pour lui reconstruire un visage. Le grand capitaine d’industrie disparaît ainsi sous le visage d’Antonio et réintègre le « domicile conjugal » aux côtés de Rosa. Antonio, obligé de se cacher, voit sa personnalité et sa vie investie et annihilée par celle de son « ancien » patron.

L’Italie des années 70-80 avec son lot d’enlèvements, de séquestrations jusqu’à l’apothéose constituée par l’enlèvement et l’assassinat d’Aldo Moro, chef de la démocratie chrétienne et enlevé par les Brigades Rouges. La pièce rend un écho singulier dans la réalité d’aujourd’hui. Celle de l’Italie actuelle avec la prédominance et l’omnipotence des pouvoirs financiers sur la « chose » politique. Théâtre de situation, avant tout, le théâtre de Dario Fo s’appuie toujours sur le paradoxe d’un grotesque qui finit par se suffire à lui-même et par brouiller toutes les cartes.

Avec une mise en scène, tout en finesse, Marc Prin jette les comédiens dans une sorte d’arène où rien n’est caché. Il joue sur l’endroit et l’envers du décor. Tout fait penser à de l’improvisation alors que chaque instant enclenche une mécanique de haute précision qui peut faire exploser les situations à chaque instant.

On prend le public à témoin, de simples cadres de portes par lesquels se font les entrées et les sorties, délimitent l’espace de jeu et ouvrent sur les coulisses. Avec cette rage intacte, Dario Fo, jeune homme de 87 ans, toujours en prise avec la réalité d’un monde sinistre, continue d’allier « le pessimisme de l’intelligence à l’optimisme de la volonté ».

À ne manquer à aucun prix. Ca « klaxonne », ça « trompette », ça « pétarade » jusqu’à l’explosion pour nous inviter à sortir de notre assignation à résidence en pays de torpeur et d’immobilisme.

[note_box]Klaxon, trompettes et… pétarades
De Dario Fo
Mise en Scène, scénographie et costumes : Marc Prin
Dramaturgie : Julien Dieudonné
Avec Anne Dupuis, Céline Dupuis, Gérald Cesbron, Milena Esturgie,Gilles Ostrowsky.
Crédit photo: Victor Tonnelli
Durée 1 h 50 (sans entracte)
[/note_box]

Vous pourriez aimer çà

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



Théâtrorama

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir plus d'actualités et profitez de nos invitations

Votre abonnement est enregistré avec succès !

Pin It on Pinterest