Théâtrorama

Kids

Kids, les gamins, les gosses, le nom que l’on donnait aussi aux jeunes soldats américains, comme une référence globale à toute jeunesse volée par la guerre.

Dans cette pièce de Fabrice Melquiot, mise en scène par Gilles Bouillon, nous sommes au Pays des Enfants Perdus, mais Peter Pan a disparu et a laissé tout l’espace au Capitaine Crochet. La pièce se déroule sur fond de guerre de l’ex-Yougoslavie à laquelle l’auteur s’est intéressé à la suite de séjours dans les Balkans entre 1998 et 2000.

Sarajevo. Fin 1996. Le siège de la ville est terminé et c’est le premier jour de la paix. Sur la colline de la ville détruite, les kids se sont donné rendez-vous. Orphelins sans orphelinat, ils ont appris à se débrouiller seuls en errant parmi les décombres. Toujours des enfants mais pas encore des adultes, ils ont été brûlés par la guerre et prématurément vieillis par les horreurs auxquelles ils ont assisté. Ils ont entre 13 et 18 ans et dans leur regard se superposent les images incertaines du passé d’avant la guerre, celles persistantes du temps de guerre et l’énigme d’un avenir qu’ils ont du mal à imaginer. Car comment vivre la paix quand on a appris seulement à courir pour échapper aux snipers ? Comment vivre sans la guerre, quand, pour survivre, il a fallu voler pour manger ? Comment oser traverser le pont pour aller ailleurs, vers la liberté et le mirage d’une vie meilleure ? Pour trouver l’argent du passage, les kids imaginent tune Parade à jouer devant l’Occident. Se sauver par le théâtre, comme ils ont sauvegardé leur enfance en continuant à jouer ensemble.

Jeux interdits
La scène est bi- frontale avec un public face à face. Le dispositif ne laisse aucun répit au spectateur qui souhaiterait s’échapper. Cet immense espace vide et central, évoque la rue qu’il faut traverser très vite pour échapper aux tirs des snippers. Une immense rampe de skate-board domine la scène, la première image est celle d’une maison en miniature qui brûle, un garçon s’élance sur la rampe avec son skate-board. L’image est forte et joue le télescopage entre la guerre et les jeux de l’enfance.

Car Kids parle de mort, de destruction, mais aussi d’appétit de vivre, des jeux de l’enfance entre coups de gueule et rêves, où une arme trouvée dans les décombres est une possibilité pour jouer aux cowboys et aux indiens en faisant pan ! C’est rêver de voler un rouge à lèvres pour devenir une femme occidentale libre et belle, c’est imaginer cueillir un crocus dans les cheveux de sa belle sans voir leur crasse et que l’on est revêtu de haillons. J’ai faim, j’ai soif, je veux faire pipi, autant de besoins qui, ici, renvoient à l’absence des parents morts.

Sans angélisme et sans pathos, l’écriture de Melquiot nous raconte. Avec sa rythmique et sa musicalité si particulières, il fait évoluer l’action entre jeux, chansons et formulettes, comme pour mieux tenir à distance la guerre qui ravage le monde des enfants. Gilles Bouillon, dans sa mise en scène très inventive, réussit à maintenir cette distance. Il dirige une dizaine de jeunes acteurs – qui font partie du Jeune Théâtre de Tours, au sein du Centre Dramatique qu’il dirige. Entre 18 et 20 ans, à peine sortis de l’enfance, ils prennent à bras le corps toutes les influences culturelles : la formation classique du Conservatoire, le hip-hop et le cirque. Comme pour mieux en détourner le sens, Gilles Bouillon dans sa mise en scène mélange lui aussi les références, de La classe morte de Tadeusz Kantor, à West Side Story en passant par Le Kid de Chaplin. Les rythmes d’une guitare électrique soulignent le mouvement permanent de la pièce, comme si le fait de ne pas s’arrêter était la seule façon de projeter ses rêves dans ce monde détruit. Pour contourner la réalité, Refka la pisseuse sème des cailloux sur la tête des morts, Stipan joue avec un révolver en réinventant la réalité pour son frère handicapé. Mais lorsque l’arme qu’il croyait inoffensive tue celui-ci, il découvre qu’il sait vivre sans parents, mais qu’il ne sait pas comment vivre sans frère.

[note_box]Kids
De Fabrice MELQUIOT
Mise en scène : Gilles BOUILLON
Scénographie : Nathalie HOLT
Avec : Charlotte Barbier, Pauline Bertani, Stéphan Blay, Laure Coignard, Clément Bertani, Édouard Bonnet, Bastien Bouillon, Brice Carrois, Mikaël Tessier, Gabriel Bouillon (Musicien)[/note_box]

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