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Karamazov, mis en scène par Jean Bellorini

Karamazov, mis en scène par Jean Bellorini
© Pascal Victor/ArtcomPress

Fédor Dostoïevski n’aura jamais eu le temps de donner la suite qu’il envisageait à son dernier roman. Les Frères Karamazov publié en 1881 est l’un des plus grands succès de l’écrivain russe. Jean Bellorini après avoir montré sur scène d’autres œuvres romanesques comme celle de Victor Hugo ou de Rabelais en propose avec Karamazov une puissante relecture.

La publication en roman-feuilleton des Frères Karamazov s’est étalé sur plus d’un an et il a fallu pour cette adaptation de quatre heure et demi faire des choix. Camille de La Guillonière, par ailleurs personnage féminin secondaire, est le narrateur omniscient qui nous introduit à l’histoire de cette famille. Artifice romanesque, artifice théâtral, ce coryphée assure le lien entre la salle et le public et donne les clés de l’histoire. À l’origine un patriarche Fiodor, débauché, avare et indigne et de ses deux mariages trois frères : Dimitri, l’impétueux officier, Ivan l’intellectuel athée et Alexei, le séminariste en pleine crise de foi. Les personnages ont des caractères bien tranchés, des chemins qui divergent. Il faut encore compter un fil illégitime Smerdiakov et tous les éléments du drame sont là.

Karamazov, le doute en moteur

Karamazov relate une affaire de parricide mais au delà du drame familial, Jean Bellorini raconte une histoire de tentations et de conflits intérieurs. Une maison pour tout décor. Le plateau s’anime par un système de rails où coulissent les personnages et leurs désirs mouvant. Nous sommes ainsi transporté de chambres en cellules, sans toujours pouvoir bien identifier les espaces. La dynamique du spectacle est celle du doute. Une inquiétude métaphysique, existentielle plane sur la pièce. Ce ne sont pas des théoriciens qui argumentent mais des personnages qui se débattent avec la vie qui prennent la parole.

Les personnages passent tous par d’étranges modules de verres, d’aucuns diront des aquariums. Ces vitrines fonctionnent à la manière de loupe, révélant et enfermant tout à la fois. La question du regard est omniprésente dans la pièce : peut-on voir l’histoire se dérouler sans rien faire ou sans rien pouvoir faire ? La passivité du spectateur supposé est celle de Dieu même dont le silence pèse sur l’histoire. Si Dieu existe, pourquoi ne se manifeste-t-il pas ? Alexei qui a engagé un chemin spirituel a bien du mal à convaincre le reste de sa famille quand bien même il fait le lien entre ses frères et son père. Il est le témoin de la lutte entre le bien et le mal qui me mène dans chaque homme. Il est lui même tiraillé entre les promesses du ciel et les réalités terrestre.

Karamazov, mis en scène par Jean Bellorini
© Pascal Victor/ArtcomPress

La force du collectif

Si Alexei fait le lien entre les personnages, il n’est pas un héros classique. Si un narrateur encadre le spectacle il est difficile de considérer qu’un acteur est plus important qu’un rôle. Les femmes qui peuplent l’intrigue, les personnages a priori secondaires ne se laissent pas oublier. Jean Bellorini est un metteur en scène qui croit en la force du collectif et cela se sent. Les acteurs quand ils ne jouent pas un rôle en particulier sont un chœur, une société de théâtre qui chante et parle. Ces instants de groupe offrent de l’élan, de la légèreté ou de la grandeur à une histoire lourde et par moment sordide.

Quand tombe la neige sur le plateau, on ne peut réprimer un sourire. On n’imaginait pas Adamo chanter cette Russie en quête de signes et de spiritualité. Karamazov est peut-être une tragédie, mais c’est le libre arbitre et non le destin qui parle. L’attente d’une femme, de Dieu ou d’un quelconque miracle fait des ravages. Le spectateur est là pour rassembler les pièces.

Karamazov
D’après Les Frères Karamazov de Fédor Dostoiëvski
Traduction : André Markowicz
Adaptation : Jean Bellorini et Camille de La Guillonnière
Mise en scène, scénographie, lumière : Jean Bellorini
Avec François Deblock, Mathieu Delmonté, Karyll Elgrichi, Jean-Christophe Folly, Jules Garreau, Jacques Hadjaje, Camille de La Guillonière, Blanche Leleu, Clara Mayer, Teddy Melis, Marc Plas, Benoît Prisset, Geoffroy Rondeau, Lévie Davêque et Enzo Bailly
Costume, accessoire : Macha Makeïeff
Création musicale et sonore : Jean Bellorini, Michalis Boliakis, Hugo Sablic, Sébastien Trouvé

Crédit photos : Pascal Victor/ArtcomPress

Vu au Théâtre Gérard Philippe de Saint Denis

Dates de tournée à venir

 

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