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Juste la fin du monde au théâtre de Belleville

Juste la fin du monde et de quoi faire un drame. Il y a mort d’homme dans la pièce de Jean-Luc Lagarce : elle est annoncée, elle est prévue. Tout est question de temps et c’est sans doute la raison pour laquelle l’adaptation de Bertrand Marcos entretient une telle dimension d’urgence.

Louis est écrivain, il est comme le double de Lagarce sur scène, lui-même mort du sida. Il se sait condamné, malade dès le début de la pièce. Il entreprend un voyage auprès de sa famille pour annoncer sa disparition prochaine. Il n’a pas revu sa mère depuis des années, il ne sait rien de sa sœur qui était trop jeune quand il a quitté le foyer et n’a jamais rencontré la femme ou les enfants de son frère. Il était présent à sa façon, des cartes postales, quelques appels, mais son soudain retour crée des tensions. On ne sait pas comment s’adresser au fils prodigue.

L’histoire est bouleversante mais la force de cette mise en scène est de faire confiance au texte. L’œil n’est pas encombré par le décor. La lumière seule découpe la scène de manière à laisser apparaître la structure de la pièce. Il y a les monologues de Louis, ses confrontations avec chacun des membres de sa famille et puis les scènes de famille. Cela pourrait paraître artificiel, c’est une approche analytique de la situation, mais cela fonctionne. Dans la pièce, ces différents moments s’entremêlent. C’est une polyphonie où chacun a le temps de faire valoir ses arguments. On se coupe mais on ne dialogue pas, l’émotion est brut, intense.

Juste la fin du monde vu par Bertrand Marcos

Juste la fin du monde et jeu d’acteurs

On se concentre sur le jeu des acteurs. La distribution permet à l’écriture de Lagarce de résonner dans toute sa singularité. On cherche ses mots, on se reprend sans cesse, on conjugue les regrets à tous les temps. Cette obsession de la justesse atteint tous les personnages. S’il y a tragédie dans Juste la fin du monde, c’est celle de l’incommunicabilité, on cherche les mots, on n’est pas compris. Catherine la belle sœur, formidablement interprétée par Pauline Deshons, est plus que les autres habituée aux malentendus. Elle ne fait pas confiance au langage contrairement à Louis, ce personnage qui à force de chercher ses mots reste mutique.

Dimitri Jeannest qui tient le rôle de l’auteur est taillé d’un bloc de silence. Il résiste au face à face familial sans pouvoir répliquer. Les autres acteurs ont le débit mitraillette. Il quitte la pièce sans avoir rien pu dire de sa maladie. La mère, à qui Sophie Bourel donne un souffle particulier, le dit bien “Ils ont peur d’avoir trop peu de temps”. Il y a une urgence chez chacun à profiter du temps qu’il reste. Il y a le pressentiment dans la famille d’une disparition imminente. Louis pourrait à nouveau disparaître à tout moment ; on ne sait pas comment aimer un fantôme. C’est une figure absente que l’on n’arrive pas à réintégrer dans le foyer ; il n’y a pas assez de place sur le canapé. Bertrand Marcos donne un rythme à Juste la fin du monde que l’on n’était pas habitué à entendre. En prenant le parti des acteurs et du texte il donne une ampleur inouïe à ce cri que l’on étouffe.

Juste la fin du monde
Texte : Jean-Luc Lagarce
Mise en scène : Bertrand Marcos
Avec : Sophie Bourel, Pauline Deshons, Ash Goldeh, Dimitri Jeannest, Caroline Marcos
Lumières : Jean-Luc Chanonat

Vu au Théâtre de Belleville

 

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